
Depuis le 21 septembre, le Théâtre Saint George accueille « Téléphone-moi », la pièce de Jean-Christophe Dollé. Après une tournée qui lui a fait traverser la France, la Belgique et même l’Espagne, la Compagnie F.O.U.I.C est bien décidée à prendre Paris d’assaut.
Trois cabines téléphoniques. Trois époques : 1944, 1981 et 1998. Plusieurs personnages incarnés par 4 comédiens qui nous présentent les récits enchâssés de Léonard, Louis, Madeleine et les autres…
« Téléphone-moi » s’appuie sur ce qu’il y a de plus intime : les souvenirs. En proposant au spectateur un retour en arrière grâce à ces trois cabines téléphoniques, la pièce invite le public à un voyage dans le temps, dans son histoire individuelle aussi bien que dans l’Histoire de France. Ainsi, à travers le récit des personnages, ce sont des périodes charnières qui sont mises en valeur : l’occupation et la libération de Paris, la victoire de Mitterrand et la Coupe du Monde de 1998. Ces périodes fédératrices où le peuple se retrouve dans la rue pour célébrer permettent aux personnages de se retrouver dans des cabines comme refuge permettant un lien avec celui qui est loin. Les soins accordés aux détails des différentes cabines (une est présente dès l’entrée du théâtre) créent directement l’immersion dans les récits pour les spectateurs. Ajoutons à cela les musiques (symboles de leur époque) ainsi que les extraits de radio ou de publicités qui ponctuent parfaitement les passages d’un temps à un autre. L’audience se souvient, sourit, est touchée dans son récit personnel. Ces sons sont associés à des images intérieures que chacun a en soi et qui ressortent ainsi comme lorsque l’on revoit une vieille photo ou un vieux film… avec tendresse.
Trois histoires différentes se mêlent grâce à ces trois lieux de confession. Le téléphone permet à la fois de garder un contact mais aussi de raconter ce que l’on veut bien dire, travestir la réalité pour l’enjoliver, ne pas décevoir, ne pas oublier. Nous ne dévoilerons évidemment pas ici les liens que l’on peut faire entre chaque personnage mais la pièce évoque les traces qui restent face aux blessures du passé au sein d’une même famille. Les choix faits par les uns seront remis en cause par les autres voire les briseront de l’intérieur. Pouvons-nous survivre aux plus grands malheurs ? Les liens familiaux sont-ils indéfectibles ? L’amour inconditionnel existe-t-il vraiment ? Comment élever ses enfants lorsque l’on a soi-même vécu le pire ? Jusqu’où peut-on aller dans nos convictions ? Tant de questions qui interpellent le spectateur.
Les personnages sont également d’une grande richesse. Madeleine, résistante sous l’occupation, est forte, impressionnante, courageuse. Elle porte en elle un sang-froid hors du commun qui lui permet de regarder l’ennemi dans les yeux. Louis est perdu dans sa vie. Il rassure au téléphone son père qui a oublié l’époque dans laquelle il vit et qui s’accroche au passé. Léonore est très seule, elle fuit dans les paradis artificiels et refuse d’accepter les malheurs de la vie qu’elle a rencontrés. Interprétés d’une main de maître par les comédiens, ils sont rejoints dans leur solitude par d’autres personnages qui vont tenter de les sortir de leur situation de faux semblants et de mensonges. La vérité se cache dans ce que l’on n’avoue pas dans le combiné, vérité dont le spectateur devient témoin voire complice. On observe ces mots échangés sans pouvoir rien faire ou dire… et avec justement l’importance capitale du silence de l’interlocuteur. On n’entend qu’une seule voix, qu’une seule vision de la situation, ce qui laisse planer un mystère tout au long de la pièce, dévoilé au fur et à mesure.
Outre cette mise en scène qui joue sur les trois espaces lieu et temps, le travail sur la lumière est particulièrement soigné. La lumière des cabines éclaire les différentes histoires. Des passages très esthétiques ajoutent une tension dramatique intense avec des stroboscopes, des flashs, des clairs-obscurs. Le tout à nouveau accompagné par la musique qui crée une pause narrative et souligne les nœuds de l’action.
« Téléphone-moi » est une claque émotionnelle et humaine. Un moment de théâtre suspendu créant un lien entre les époques et entre les gens, servi par une équipe bouleversante. A voir absolument.
De : Jean-Christophe Dollé
Mise en scène : Clotilde Morgiève et Jean-Christophe Dollé
Interprètes : Stéphane Aubry, Solenn Denis, Jean-Christophe Dollé, Clotilde Morgiève et la voix de Nina Cauchard
Scénographie et costumes : Marie Hervé
Lumières : Nicolas Priouzeau
Son : Soizic Tietto
Musiques : Jean-Christophe Dollé
Création plateau et régie générale : Simon Demeslay
Couture : Julia Brochier et Agathe Laemmel
Perruques : Julie Poulain
Conseils magiques : Arthur Chavaudret.
OU ? Théâtre Saint Georges
QUAND ? Les lundis et mardis du 21 septembre au 29 décembre 2026
DURÉE : 1h40
TARIFS : de 10€ à 42€
https://billetterie.theatre-saint-georges.com/event/818629-telephone-moi?eventDate=3091767