Depuis le 19 septembre, le Théâtre Lepic accueille « Où vont les larmes quand elles sèchent ? », l’adaptation du roman de Baptiste Beaulieu par Léna Bréban. Ce roman est fondé sur l’expérience de l’auteur en tant que médecin de famille. Après un passage au Festival d’Avignon 2026, la pièce est prête à soigner les cœurs des parisiens.

Après avoir exercé aux urgences, Jean est médecin de famille dans une ville du Sud Ouest. Il raconte son quotidien avec ses patients qui se confient à lui, rient, s’inquiètent, pleurent. Depuis quelques jours, Jean n’arrive plus à pleurer. Tout semble bloqué depuis cette intervention en urgence chez un enfant…

Dès l’arrivée de Régis Vallée dans la salle, le public est conquis. Il interpelle le spectateur, qui devient un patient dans sa salle d’attente. L’identification se fait dès le début et l’audience se prend de sympathie pour ce médecin qui se déplace à vélo et qui porte une chemise fleurie. Il nous regarde dans les yeux, nous pose des questions, nous happe littéralement. Par sa présence scénique, le comédien donne vie au texte de Baptiste Beaulieu. On a envie de l’écouter et de lui donner l’attention qu’il mérite, vu celle qu’il accorde aux autres.

Si le roman raconte les interactions avec ses patients, la pièce leur donne vie dans l’exercice difficile qu’est le seul en scène. Régis Vallée fait parler ceux que l’on n’écoute pas, les oubliés. Par son interprétation et l’écriture de Baptiste Beaulieu, ce médecin guérit et touche les âmes. A l’heure où la profession est en crise, il montre qu’un médecin a une importance bien plus grande que celle de fournir des médicaments : il écoute et, par cela, permet aux autres d’avoir le droit de ressentir. Cette pièce est une représentation de l’Humanité dans tout ce qu’elle a de plus vrai. On plonge dans les émotions de chacun : de la femme battue à l’homme violent qui braque le cabinet pour une ordonnance, de l’enfant dans sa bulle qui ne parle pas français mais qui ânonne une sorte de mélodie jusqu’au veuf inconsolable qui décide d’apprendre l’anglais, de la femme recluse chez elle à celle qui fait rencontrer toute sa famille, de la femme aux multiplex cancers à l’enfant soigné trop tard… Tout le monde est représenté et tout le monde est entendu.

Tous, même le médecin ! En effet, la souffrance du corps médical est souvent tue dans ce monde où tout va trop vite. Et pourtant, les médecins sont le réceptacle des souffrances de tant de gens qu’à un moment les barrières tombent et l’on ne peut pas toujours s’en protéger. Cette pièce parle du traumatisme, des séquelles que laissent les interventions trop lourdes ou trop injustes. Comment se relever quand on a vécu l’insoutenable ? Devient-on insensible aux douleurs des autres ? Cela nous affecte-t-il jusque dans notre vie personnelle ? Les canaux lacrymaux peuvent-ils être bloqués à vie parce que le pire est arrivé ? Ces larmes qui ont séché reviendront-elles un jour ? Tant de questions qui prennent tout leur sens dans cette oeuvre.

La mise en scène est particulièrement ingénieuse car elle rend possible ce portrait de patients par d’habiles dispositions au plateau. Perruques, costumes, voix off : le spectateur entre dans un cabinet où l’illusion théâtrale fonctionne avec presque un peu de magie. Si parfois le seul en scène peut être assez artificiel, ici, ce n’est pas le cas : les personnages prennent vraiment vie et le spectateur se demande quelle sera la nouvelle idée pour les représenter. Le bureau posé au centre du plateau prend vie puisqu’il regorge de surprises. Il représente un immeuble grâce à des projections, il devient une table d’auscultation ou même un siège de toilettes par des ouvertures ou fermetures de tiroirs. Le paravent sur le côté permet le travail de silhouettes en ombres chinoises. La musique accompagne l’action et fédère également le public avec l’utilisation de la guitare. L’ennui n’a pas sa place ici. C’est simplement beau et intelligent.

« Où vont les larmes quand elles sèchent ? » est une adaptation réussie du roman de Baptiste Beaulieu, servie par un comédien qui emporte le spectateur par son charisme, avec une mise en scène ingénieuse. A voir…

Auteur : Baptiste Beaulieu

Adaptation : Léna Bréban

Mise En Scène : Léna Bréban

Assistée d’Ambre Reynaud

Distribution : Régis Vallée

Musiques : Victor Belin et Raphaël Aucler

Scénographie : Bastien Forestier

Lumières : Thibault Vincent

Costumes : Alice Touvet

Perruque : Julie Poulain

Production : Théâtre Lepic / Théâtre La Pépinière / Acmé

OU ? Au Théâtre Lepic

QUAND ? Du 19 septembre au 14 décembre 2026

DURÉE : 1h15

TARIFS : 36€

https://theatrelepic.com/programmation/ou-vont-les-larmes-quand-elles-sechent/

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