
Depuis le 21 avril, le lieu insolite Chez les Plombiers accueille l’épisode 2 de « Danse avec la chute », la suite du spectacle immersif en trois épisodes. Le premier a rencontré un grand succès au Kawaa du Lucernaire. Le deuxième s’installe dans un endroit plus confidentiel, situé dans une cour reculée, à l’abri des regards. Un concert a également lieu en fin de spectacle pour prolonger la fête.
Nous avions quitté Isaac en proie à des interrogations face à son couple avec Marie. Celle-ci semblait fuyante, comme si elle voulait brûler la vie dans une sorte d’urgence. Maintenant, Isaac est réveillé par Andreï qui s’est introduit chez lui sans qu’il le sache. Andreï prétend être un ange qui doit empêcher Isaac de se suicider. S’il échoue, il perd ses ailes…
Lorsque l’on entre dans le lieu Chez les plombiers, on découvre une salle de style industriel avec des bougies disséminées çà et là, des chaises et des coussins. Quelques sandwiches et mocktails permettent aux spectateurs de se restaurer rapidement avant la représentation. Un masque de nuit est distribué à chaque spectateur. Un lit est placé à notre gauche devant un écran. Quelques accessoires comme des livres, une table, une boite, se trouvent à droite. On entre donc dans une ambiance plus intimiste que pour le premier épisode qui nous plaçait dans un restaurant (le troisième épisode se fera dans une boite de nuit). Cela plante le décor, d’autant plus que le spectateur doit porter son masque pour le début du spectacle, ce qui le met dans une position inquiétante, perturbante. Il s’interroge sur ce qui va se passer, se demande qui parle… Une fois le masque ôté, le malaise perdure un peu face au personnage d’Andreï, fantasque, grave, ténébreux. Cependant, on reprend vite le fil du récit lorsqu’Isaac se réveille.
Les épisodes peuvent se voir indépendamment les uns des autres car leur écriture permet de se projeter qu’on ait vu le premier ou non. Cependant, ayant vu le premier, on comprend vite qu’Isaac ne supporte pas le deuil de Marie et qu’il est comme lié à sa douleur, ce qui est symbolisé par une chaîne qu’il porte au pied. A nouveau, la réflexion sur la chute prend tout son sens. Isaac ne parvient pas à se relever car il reste enfermé dans ses souvenirs, dans sa mémoire. Il ne veut pas laisser Marie partir. Grâce à Andreï qui le bouscule, le choque, le provoque, il ose prononcer les mots qu’il se refusait de dire. On assiste donc à une belle analyse du deuil. N’est-ce pas plus facile de s’accrocher au mort plutôt que de se permettre de vivre à nouveau ? Comment faire pour accepter que la Terre tourne toujours lorsque l’être cher est mort ? Pourquoi vivre un amour aussi fort si c’est pour qu’il disparaisse du jour au lendemain ? Quelles solutions reste-t-il quand tout nous semble fade ? Y a-t-il vraiment une porte de sortie ? Doit-on tenir dans ce monde après ça ? Tant de questions qui hantent Isaac et qu’Andreï va lui permettre d’affronter.
Les comédiens prennent l’espace avec beaucoup de puissance. On est touché par la peine et le désarroi d’Isaac. Le public le ressent à fleur de peau, fragile, sur le fil. De son côté, Andreï se montre à la fois inquiétant, charismatique, violent et pourtant protecteur. Il électrise le plateau par son magnétisme. L’alliance des deux fonctionne parfaitement. Par ailleurs, le fait de les voir au milieu de cette salle, tout près, rend le propos encore plus fort. Petit conseil : mettez-vous plutôt du côté du lit pour profiter pleinement de l’expérience.
L’utilisation de la lumière apportent également à l’histoire : Andreï joue avec elle de façon à nous mettre plus à l’aise ou à déranger Isaac. Il prend le contrôle de la lumière pour mieux lui permettre de voir la vérité en face. Les images diffusées sur l’écran et la musique ajoutent une tension dramatique. Le spectateur se reconnaît dans la douleur du personnage et dans la vérité des mots dits. Enfin, le clin d’œil aux deux amis, Esmée et Victor, par la présence de leurs voix, donne un peu de gaité et de légèreté au propos.
L’épisode 2 de « Danse avec la chute » est une réussite qui nous surprend et nous entraîne sur des chemins que l’on n’imaginait pas explorer. Il ne nous reste plus qu’à attendre la fin…
Audrey C.
Simon Gerbi—Fondateur & Producteur
Hugo Merck—Auteur & Metteur en scène
DISTRIBUTION
Benjamin Sulpice—Izaac
Olivier Hamelin – Andreï
IMAGE & DOCUMENTATION
Adrien Gaertner—Vidéaste
Noah Ulrich—Photographe
OU ? Chez Les Plombiers
QUAND ? les 12 et 26 mai 2026
DUREE : 45 minutes
TARIFS : de 24,50€ à 34,50€