
MAJ : 25.10.2026
Depuis le 11 septembre, le Théâtre libre retrouve « Le Cercle des poètes disparus », l’adaptation du film de Tom Schulman, mise en en scène par Olivier Solivérès (qui triomphe actuellement avec « Amadeus » au Théâtre Marigny.) Après avoir déjà conquis près de 500 000 spectateurs et obtenu deux Molières en 2024 (meilleure mise en scène théâtre privé et révélation masculine), la pièce revient avec une toute nouvelle troupe ayant, à sa tête, Xavier Gallais.
1959. Une nouvelle année commence à la Welton Académy, une école prestigieuse qui prépare les lycéens à devenir de brillants étudiants. Un nouveau professeur de littérature, John Keating, anciennement étudiant de l’académie, intègre l’équipe pédagogique. Le jeune Todd Anderson, lycéen timide, fait la connaissance de ses camarades, notamment Neil Perry, qui partage sa chambre. Ensemble, ils vont découvrir la littérature d’une manière différente et refonder le célèbre Cercle des poètes disparus…
Comme pour toute pièce mise en scène par Olivier Solivérès, l’immersion dans l’histoire a lieu dès l’entrée dans le théâtre. Des feuillets sont accrochés au plafond du hall de la salle, des ardoises avec des répliques célèbres comme « Ô capitaine, mon capitaine » ou « Carpe diem » sont disposées çà et là près des guichets de billetterie, un bureau est posé non loin des portes pour entrer dans la salle… Mais le plus impressionnant est le pré-show effectué par les comédiens eux-mêmes (notamment Ivan Du Pontavice et Antoine Le Provost). Pour ne pas gâcher la surprise des futurs spectateurs qui n’auraient pas déjà été avertis, nous n’en dirons pas davantage de la surprise musicale qui les plongera dans une boum des années 1950 et qui ravit le public en le plongeant immédiatement dans un voyage dans le temps.
« Le Cercle des poètes disparus », c’est une histoire qui se veut bien plus moderne que l’on pourrait le penser. Olivier Solivérès nous donne à voir une jeunesse en proie à des choix difficiles : se conformer aux attentes de l’école, de la famille ou penser par soi-même, suivre sa voie et écouter son cœur ? Chaque personnage apprend, au fil de la narration, à s’interroger sur ce qui est bon pour lui, sur ce qu’il doit faire ou non. Ce groupe d’élèves a, au départ, un chemin tout tracé par leurs parents : travailler pour atteindre les objectifs qui leur ont été fixés. On est ému par Neil Perry (Antoine Le Provost), excellent élève qui découvre son amour pour le théâtre mais dont le père n’écoute jamais les aspirations. Avec le Cercle, il comprend qui il est et ce qui le fait vibrer. Il veut faire entendre cette voix que personne n’écoute dans sa famille, par peur du déshonneur. Antoine Le Provost lui donne cette lumière, cette passion grandissante nécessaires au rôle. Il prend sa place dans cette équipe de jeunes comédiens avec beaucoup de douceur et un jeu déchirant, notamment lors des confrontations avec son père. Il incarne un Neil Perry qui nous fait croire que tout est possible jusqu’à ce qu’on vous coupe les ailes. On s’émeut pour Todd Andersen (Nicolas Bauwens) dont la timidité gâche la vie et qui grandit dans l’ombre d’un frère brillant. Il n’est pas sans nous rappeler le personnage d’Evan Hansen dans le musical « Cher Evan Hansen » (mis en scène également par Olivier Solivérès) dans sa posture, sa gestuelle, ses bégaiements et sa douceur. On admire la force de caractère de Charlie Dalton (Ivan Du Pontavice) qui se moque des préjugés, prend sa place dans le groupe et se montre fidèle à ses convictions tout au long de la pièce. Ivan Du Pontavice porte en lui ce charisme impressionnant qui fait le rôle de Dalton. Le public attend ses répliques pour voir ce qu’il lui réserve. On s’enrage contre Gary Cameron (Baptiste Gonthier) qui n’arrive pas à dépasser ses limites par peur de la sanction ou des représailles. Baptiste Gonthier se montre toujours aussi persuasif dans ce rôle difficile. On rit avec Meeks (Clément Mariage), le geek de l’équipe un peu gauche, que Clément Mariage rend touchant par sa candeur. On adore la fougue amoureuse de Richard Overstreet (Louis Djabali) qui prend confiance en lui quels que soient les obstacles. Louis Djabali lui donne vie avec beaucoup de sincérité. Ces personnages ont toutes les cartes en mains pour croquer le monde, si ce n’était le poids des traditions et d’une éducation autoritaire à laquelle ils rêvent de se soustraire. Tous ces jeunes comédiens interprètent leur rôle avec vérité, émotion, fraicheur et talent. Il est tellement important de donner ainsi la lumière à des artistes qui savent aussi bien la prendre. Le public ne s’y trompe pas et est porté par leurs histoires.
La pièce dépeint aussi le monde des adultes. Un monde bien triste où se battent tradition et esprit critique. Ainsi, le spectateur se révolte contre le père de Neil (Olivier Bouana) qui ne cherche pas à le comprendre, lui fait porter le poids d’une culpabilité d’inquiéter sa mère ou d’attiser le « qu’en dira-t-on ». En costume avec une cravate et un chapeau, ses apparitions sont glaçantes et coupent toute possibilité de discussion pour Neil. On ressent ainsi la douleur d’un adolescent qui n’a aucun réel choix personnel et pour lequel seules doivent compter les décisions parentales. M. Nolan (Yvan Garouel), le proviseur de la Welton Academy, se montre rempli de principes, ancré dans un système où il faut obéir à l’ordre établi, sous peine d’en être exclu, que l’on soit élève ou professeur. John Keating (Xavier Gallais) se démarque de ces personnages passéistes. Véritable amoureux de la littérature, passionné par l’enseignement, il n’entre pas dans les cases de l’académie. Par sa singularité, il apprend aux élèves à réfléchir grâce aux mots, à profiter de chaque jour, à oser être eux-mêmes. Ses méthodes peu orthodoxes surprennent les élèves mais leur permettent d’en apprendre davantage sur leurs personnalités et de se faire confiance. Dans un monde où tout semble dicté à l’avance, la tâche de Keating semble bien trop ardue et, s’il parvient à éveiller quelques consciences, le système le rattrapera malheureusement trop durement. L’inoubliable Robin Williams avait donné vie à John Keating au cinéma et son jeu restera un modèle pour tous. Stephane Freiss et Philippe Torreton lui avaient succédé brillamment au théâtre. C’est Xavier Gallais qui reprend désormais le rôle (après l’avoir déjà joué auparavant). Il donne au personnage une énergie différente, jouant sur l’humour, se rapprochant un peu de Robin Williams par cette facilité à changer de voix pour incarner divers personnages à la limite, et avec une dose de sensibilité très puissante et communicative. Il emporte ses élèves comme le public par sa gestuelle, son regard, son ardeur. Son John Keating vous transporte.
La mise en scène s’inspire évidemment du film de Tom Schulman. Le public retrouve des éléments qui l’avaient marqué comme la grotte du Cercle, la cérémonie de la rentrée, la pièce de théâtre, les costumes et les musiques. Olivier Solivérès joue avec la lumière à la perfection. Ainsi, le spectateur se voit plongé dans le noir avec quelques lampes torches allumées pour laisser les élèves entrer dans la grotte ou lire leurs poèmes, mettant ainsi la mélodie des mots en avant. Quelques éléments dans les cintres créent cette illusion visuelle des lieux traversés : la grotte évidemment, mais aussi la salle de classe, la cour, la salle de repos. Une structure se divise pour créer une illusion d’escalier dans la cour, un tableau noir s’y accole pour la salle de classe. Celle-ci est par ailleurs présentée sous différentes configurations afin de nous montrer les élèves selon plusieurs angles. Au départ, le professeur se trouve face au public, les élèves sont de dos. Ils seront aussi de profil à gauche puis à droite pour finir par être face à nous au moment où Todd sort de sa timidité. Cela mime bien la volonté de Keating de les faire changer de point de vue. Enfin, comme pour signifier le retour à un ordre désuet, ils terminent dos au public, comme si l’on voulait effacer tout ce qui a été fait dans le récit… De la même manière, le moment de la pièce de théâtre de Neil utilise le plateau presque sans décors, comme une mise en abyme. Les portants de costumes apparaissant en fond de scène ainsi que les éléments déjà utilisés comme le drapeau américain pour ensuite disparaître dans un jeté de rideau blanc qui fait comprendre que le théâtre dans le théâtre a commencé. Un écran en fond de plateau permet de figurer la neige ou de faire apparaître des photos vues dans le film. Tout est judicieux, intelligent, parlant. L’émotion transperce chaque spectateur. C’est une standing ovation… et de nombreuses larmes qui font clore la représentation.
« Le Cercle des poètes disparus » s’adresse à ce qu’il y a de plus humain en chacun de nous car cette adaptation est interprétée de façon à réveiller les consciences et toucher les âmes par des comédiens à la hauteur du célèbre film. Une pièce bouleversante à voir et à revoir…
Audrey C.
Avec Xavier Gallais, Nicolas Bauwens, Noé Besin, Antoine Le Provost, Olivier Bouana, Louis Djabali, Ivan Du Pontavice, Yvan Garouel, Octave Lemarchand, Basile Sommermeyer, Lancelot Jardin, Victor Mons, Paul Vasseur, Hugo Gheerbrant, Antonin Dalvy, Baptiste Gonthier, Clément Mariage, Maxence Seva et Arthur Toullet.
Auteur : Tom Schulman d’après le film produit par Touchstone Pictures écrit par Tom Schulman
Production originale : Classic Stage Company
En accord avec : Adam Zotovich
Directeur artistique : John Doyle
Directeur général : Jeff Griffin
Adaptation française de Gérald Sibleyras
Mise en scène : Olivier Solivérès
OÙ ? Au Théâtre libre
QUAND ? Du 11 septembre 2026 au 10 janvier 2027
DUREE : 2h
TARIFS : de 28€ à 76€