
Depuis le 17 septembre, le Théâtre du Gymnase accueille « Le Discours d’un roi », l’adaptation par Patrick Haudecoeur et Gérald Sibleyras du film de David Seidler sorti en 2010. Il faudra donc vous rendre à Paris pour voir la version scénique de ce film qui reçut un Oscar en 2011.
Dans les années 1930, en Angleterre, le Duc d’York, second dans l’ordre de succession à son père Georges V, se retrouve paralysé par un bégaiement gênant à chaque allocution. Sa femme lui prend alors rendez-vous chez Lionel Logue, un orthophoniste aux méthodes peu orthodoxes…
« Le Discours d’un roi » permet la rencontre entre deux monstres sacrés du théâtre français : Philippe Torreton et Francis Huster. Le courant passe parfaitement entre les deux hommes qui offrent une performance à la hauteur de leur réputation. Voir Philippe Torreton peiner à parler avec un bégaiement persistant et tenter de le combattre avec tous les exercices possibles le rend touchant puisqu’on imagine tout le travail derrière cette prestation. Quant à Francis Huster, il se montre rassurant, sécurisant mais aussi plein de second degré lorsqu’il se met en scène à la quête d’auditions pour faire du théâtre en amateur. L’un n’éclipse pas l’autre, ils s’accordent à l’unisson. Autour d’eux, le public est heureux de retrouver deux excellentes comédiennes : Delphine Depardieu (auréolée de son Molière pour « Les Liaisons dangereuses ») et Gretel Delattre (récemment vue dans « Le Mariage de Figaro »). Dans leurs rôles d’épouses de ces deux grandes figures, elles apportent bien plus que de l’élégance : elles sont celles qui soutiennent, qui amorcent des décisions, qui rassurent. Toute cette équipe est rejointe par Pierre Aussedat, Urbain Cancelier, François Dunoyer, Clément Koch, pour des personnages plus secondaires mais nécessaires à l’intrigue comme Georges V, Edouard VII ou Winston Churchill.
La pièce met en valeur un moment historique : la montée du nazisme en Europe dans une Angleterre en proie au scandale d’un roi contraint à abdiquer pour ses mœurs jugées immorales. Elle rend compte d’une période où tout s’apprêtait à changer et où un homme, le duc d’York, a dû se battre contre son handicap et contre sa nature pour devenir Georges VI. Le récit montre qu’il faut parfois se dépasser pour atteindre ses objectifs, même lorsque l’on est bien né. Rien n’arrive par hasard et tout est également une question de rencontres. Nous sommes le fruit des personnes que nous croisons et qui forgent notre personnalité malgré les épreuves. Cette pièce est une ode à la persévérance.
Grâce à deux structures tournantes, une toile en fond de plateau et un écran, la scénographie permet de figurer les différents lieux de l’action. Certains effets, comme la pluie, sont particulièrement réussis, même si les changements réguliers ralentissent parfois le rythme de la narration. Dans les costumes, on retrouve l’élégance de ceux du film. Le jeu avec les lumières est intéressant puisqu’elles habillent la scène pour participer à l’action : stroboscopiques pour mimer le désordre intérieur du Duc, uniquement positionnées sur lui pour le fameux discours, représentant des vitraux pour nous plonger dans l’abbaye de Westminster. Les musiques accompagnent également la tension narrative.
« Le Discours d’un roi » est une adaptation assez réussie du film du même nom, qui rend possible la rencontre entre deux très bons comédiens. Un hymne au courage et à la volonté.
D’après Le Discours d’un Roi de David Seidler
Adaptation : Patrick Haudecoeur et Gérald Sibleyras
Mise en scène : Jérémie Lippmann
Assisté de : Sarah Gellé et Sarah Recht
Avec Francis Huster et Philippe Torreton, Delphine Depardieu, Gretel Delattre, Pierre Aussedat, Urbain Cancelier, François Dunoyer, Clément Koch
Lumières : Denis Koransky
Décors : Jacques Gabel
Costumes : Jean Daniel Vuillermoz
Musique : Jérémy Gaucher
OU ? Au théâtre Antoine
QUAND ? Du 17 septembre 2026 au 3 janvier 2027
DURÉE : 1h45
TARIFS : de 20€ à 76€