Depuis le 2 septembre, le Lucernaire accueille « La raison du plus fou », un spectacle de Franck Mercadal, mis en scène par Gregori Baquet. Après une création en 2024, plusieurs passages au Festival d’Avignon et des dates en tournée, c’est au tour de Paris de découvrir cette conversation fictive et surprenante entre Jean-Jacques Rousseau et Denis Diderot.

Jean-Jacques Rousseau vient de terminer son autobiographie « Les Confessions » dans laquelle il critique vivement ses anciens amis philosophes comme Denis Diderot. Celui-ci vient à sa rencontre afin de lui demander de cesser ses lectures publiques qui pourraient valoir à Diderot un nouvel emprisonnement. Commence alors une partie d’échecs où chacun tentera de convaincre l’autre qu’il a raison…

« La raison du plus fou » met en valeur deux figures importantes de la philosophie des Lumières : Rousseau et Diderot. Jadis amis, leurs divergences d’opinion les ont éloignés. Rousseau se retire en Suisse et prône l’état de nature. Diderot termine son Encyclopédie glorifiant l’importance du savoir. On ne peut que saluer l’écriture percutante de Franck Mercadal, qui signe une prouesse impressionnante. Car, si la pièce plaira aux passionnés qui reconnaitront des extraits semés çà et là de textes littéraires parfaitement déclamés, il ne s’agit pas pour autant d’un cours de philosophie ennuyeux. Au contraire, par sa plume, l’auteur s’amuse à surprendre le spectateur par sa forme, sa pédagogie, son rythme. Ainsi, il mêle moments drôles, tendres, musicaux pour notre plus grand bonheur. Le public se retrouve au centre d’une joute à la fois réelle et verbale. Il joue également avec la métaphore du jeu d’échecs qui convient parfaitement à cet échange. Le message porté par les deux auteurs fait étrangement écho à notre situation actuelle et prouve à quel point les Lumières ont fondé la société d’aujourd’hui. Lequel des deux aura le verbe assez haut pour convaincre l’autre et le faire changer d’avis ? Lorsque l’on est face à deux grands penseurs tels que Rousseau et Diderot, la réponse semble difficile à trouver.

Grégori Baquet et Franck Mercadal donnent vie aux personnages avec beaucoup de réalisme et de second degré. Ils montrent ainsi (s’il le fallait encore !) l’étendue de leur talent et une véritable complicité au plateau. Le duo fonctionne parfaitement. Le phrasé des comédiens rend hommage aux textes de ces auteurs. Le public prend plaisir à entendre la langue du XVIIIe siècle. Et tout cela, sans temps mort, puisque les dialogues s’enchainent à un rythme effréné sans jamais perdre le spectateur qui retrouve l’envie de se plonger dans cette littérature d’idées. Y a-t-il meilleure entrée en philosophie pour des jeunes que cette pièce qui rend plus accessibles les auteurs des Lumières ? Nul doute que l’humour et la sensibilité qui s’en dégagent devraient en toucher plus d’un.

Par sa mise en scène, Grégori Baquet nous transporte dans une taverne de l’époque, à la lumière des bougies, avec cet échiquier aux pions blancs magnifiques en bois, le tout sublimé par les lumières de Stéphane Baquet (frère de Gregori que l’on retrouve régulièrement à ses côtés dans ses créations). L’ambiance d’abord feutrée puis plus intense pousse à la confession des deux compères. Les costumes installent également la narration dans son temps, malgré des accents de modernité. Enfin, impossible de ne pas parler de la musique qui étonne par son mélange entre hier et aujourd’hui.

« La raison du plus fou » est un spectacle engagé, plein de surprises, qui interpelle par la modernité du propos et qui fait réfléchir, servi par deux comédiens éblouissants. Une pièce à voir et à faire découvrir aux jeunes.

De Franck Mercadal

Mise en scène Grégori Baquet

Avec Grégori Baquet et Franck Mercadal

Musique Michel Korb

Lumières Stéphane Baquet

Production / Diffusion Compagnie Vive 

Partenaires Conseil départemental de Lot-et-Garonne, Ville d’Agen, Nouveau Théâtre du Jour.

OU ? Au Lucernaire

QUAND ? Du 2 septembre au 15 novembre 2026

DURÉE : 1h15

TARIFS : de 10€ à 32€

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