
Depuis le 26 septembre, le Théâtre de la Porte Saint Martin accueille « La folle journée ou Le Mariage de Figaro », la pièce de Beaumarchais mise en scène par Alain Françon avec Vincent Dedienne dans le rôle titre. Cette nouvelle création est un événement dans le milieu du théâtre français.
Figaro se prépare pour ses noces avec Suzanne. Il apprend que le comte Almaviva a des vues sur sa future épouse, pour laquelle il aimerait bien utiliser le droit de cuissage. Grâce à l’aide de la Comtesse et de Suzanne, Figaro va ourdir un plan pour confondre son adversaire et protéger son mariage…
A travers « La folle journée ou Le Mariage de Figaro », Beaumarchais se veut résolument moderne. Il critique la société du XVIIIe siècle où le mari disposait des faveurs de ses servantes par devoir. Il met en scène des femmes de caractère comme Mathurine qui déplore la situation des femmes auxquelles on ne laisse pas la parole, qui doivent s’en référer à un homme pour exister, ou comme Suzanne qui refuse les avances du Comte et n’hésite pas à se moquer de lui ouvertement en lui tendant un piège. Il met en valeur l’injustice du traitement d’un valet aussi atypique que Figaro parce qu’il a été arraché à sa famille quand il était enfant. Le monologue de l’acte V a des accents du « Non merci » de « Cyrano de Bergerac », écrit un siècle plus tard. Cependant, on rit beaucoup aussi des situations qui s’enchainent, des quiproquos, des personnages hauts en couleur. En divertissant le public avec une histoire apparemment banale, Beaumarchais montre toute son ouverture d’esprit, tout l’éclairage du Siècle des Lumières sur un monde qui se devait de changer. C’est là la force de son écriture : il présente des personnages sympathiques, parfois caricaturaux, mais il fait cependant passer un message.
Cette version nous gratifie d’un casting très réussi. Vincent Dedienne apporte à Figaro une gestuelle, une énergie communicative, un charisme tout particulier. Il emporte le public avec lui dès les premières répliques. Son duo avec Ana Blagojević dans le rôle de Suzanne est très convainquant. Ils partagent le plateau avec beaucoup de complicité. Ana Blagojević est une Suzanne à la fois drôle et solaire. De la même manière, Micha Lescot donne au Comte une froideur glaçante alliée avec un second degré irrésistible. Noémie Lvovsky apporte à Marceline beaucoup d’humour et de justesse. Alix Poisson détient toute la grâce et la classe de la Comtesse. Les rôles dits secondaires ne sont pas en reste également. Le spectateur se régale à chaque réplique par la diction parfaite de chaque comédien et la beauté de la langue de Beaumarchais. On est touché notamment par Nemo Schiffman en Chérubin qui nous fait rire par son émoi pour la Comtesse.
La mise en scène reprend la version originale de l’œuvre (rien que dans son titre “La Folle Journée”) qui comportait des passages chantées. Quel plaisir d’entendre ces morceaux dans la pièce et à la fin notamment car chez Beaumarchais « Tout finit par des chansons » ! Par ailleurs, chaque acte est ponctué par un moment de musique en face d’un panneau noir avec une violoniste et une accordéoniste. Ces pauses instrumentales permettent la mise en place d’un nouveau décor (sur cintres) et emportent le spectateur. Par ailleurs, l’action est située dans un temps indéfini. Des panneaux de palmiers se trouvent de part et d’autre du plateau, la maison ressemble à un lieu bourgeois, les costumes se veulent un mélange entre ancien et moderne. Cela révèle évidemment l’aspect actuel de cette œuvre. Les portes s’ouvrent, se ferment, dissimulent les personnages. Tout est parfaitement pensé. Les lumières accompagnent l’action, créant la pénombre lors du dernier acte. Cela apporte une certaine intimité notamment pour le célèbre monologue de Figaro et cela mime les besoins du récit.
« La folle journée ou Le Mariage de Figaro » est une bonne adaptation de l’œuvre de Beaumarchais qui la reprend dans sa version originale, avec une équipe talentueuse et dynamique. Un bon moyen de re(découvrir) en famille ce classique moderne dans son propos.
De Beaumarchais
Mise en scène Alain Françon
Avec Vincent Dedienne, Micha Lescot, Noémie Lvovsky, Alix Poisson, Axel Auriant/ Nemo Schiffman (en alternance), Eric Berger, Ana Blagojević, Guillaume Lévêque, Tommy Luminet, Rodolphe Congé
Et les apprenti·e·s du Studio Esca Lucie Baumann, Loup Cousteil-Prouveze, Maé Delegrange, Bilal El Mehia, Iliana Ferroudj, Bérénice Mchaik, Adam Plas Gragnoli
Et aussi Florianne Bonanni (violoniste) et Julia Sinoimeri (accordéoniste)
Dramaturgie Nicolas Doutey
Assistante mise en scène Marion Lévêque
Scénographie Jacques Gabel
Lumières Jean-Pascal Pracht
Costumes Pétronille Salomé assistée par Charlotte Le Gal
Créatrice maquillage/coiffure Cécile Kretschmar
Compositrice Marie-Jeanne Serero
Chorégraphie Caroline Marcadé
Chant Sylvie Deguy
Maquilleuse Kim Ducreux
Accessoires Morgane Baux
Compagnie Anne Cotterlaz
OU ? Au Théâtre dela Porte Saint Martin
QUAND ? Du 26 septembre au 1er novembre 2026
DURÉE : 2h15 (sans entracte)
TARIFS : De 13.50€ à 65.50€