
Depuis le 18 septembre, le Théâtre du Ranelagh accueille « Les Enfants du paradis », l’adaptation du film avec des dialogues de Jacques Prévert. Pour la petite histoire, ce film a été projeté au Ranelagh tous les dimanches soirs pendant près de 50 ans. C’est donc un juste retour des choses de voir la pièce jouée ici.
1820, Paris, Boulevard du Crime. Alors qu’au Théâtre des Funambules, Baptiste, le mime, ne trouve pas son public, le comédien Frédérick Lemaitre propose ses services. Les deux hommes rencontrent alors Garance qui fait chavirer son cœur, comme celui de tous les hommes de cette rue…
« Les Enfants du paradis » reprend les codes de la fable, du conte. Les personnages se cherchent, se perdent, se retrouvent. Ils vont et viennent en quête de l’amour, en quête de la gloire, en quête d’eux-mêmes. Baptiste souffre de la comparaison avec son illustre père dans son art et tombe éperdument amoureux de Garance, ce qui le rendra malheureux mais créatif. Frédérick veut jouer la comédie. Il aime tant la littérature qu’il veut faire revivre les grands personnages de ce monde. Or, il est cantonné à la pantomime, ce qui le rend triste. Lacenaire est plus difficile à cerner. Avec son habit noir, son épée dissimulée dans sa canne, il impressionne et inquiète. Il incarne ce Paris dangereux d’avant Haussmann. Le Comte de Montray se distingue par son élégance et surtout son argent qui semble pouvoir tout lui permettre. Au milieu de cela, Garance est un électron libre dans cet univers poétique. Elle semble ne s’accrocher à rien, file au gré du vent, croise les mauvaises personnes, ne souhaite rien d’autre que vivre comme bon lui semble et pourtant son cœur est pris… N’oublions pas Jericho, ce marchand de vêtements qui va et vient au fil de l’action comme un narrateur, un conteur, un lien avec les spectateurs.
La mise en scène utilise le théâtre dans son entièreté. Les comédiens entrent par le public, se cachent en y repassant, les loges d’avant-scènes deviennent des chambres. Jean-Philippe Daguerre, habitué du lieu, rend hommage à cette salle atypique en la faisant devenir vivante. Au plateau, des réverbères de part et d’autre de la scène représentent la rue et le fond se pare de rideaux pour montrer le théâtre des Funambules. On appréciera l’esthétique donnée à la séparation entre le public fictif et les artistes par un voile transparent. Les lumières et les costumes créent cette illusion de théâtre dans le théâtre.
On regrette cependant parfois une certaine difficulté à bien comprendre le rôle de chacun des personnages et le temps de l’action. Mais cela est sans doute dû à notre méconnaissance du film initial et à son aspect poétique. Il faut se laisser porter par les mots, les émotions et l’implication de la troupe dans la narration.
“Les Enfants du paradis” est une fable qui emmène le spectateur dans un monde onirique.
D’après les dialogues de Jacques PREVERT
Adaptation & mise en scène Jean-Philippe DAGUERRE
Assistant à la mise en scène Hervé HAINE
Décors Antoine MILIAN
Lumière Moïse HILL
Costumes Corinne ROSSI
Musique Hervé HAINE
Chorégraphie Sylvie CAVE
Avec Agathe BOUDRIERES, Stéphane DAUCH, Guillaume DELVINGT, Mikaël FASULO, Michaël GIORNO COHEN, Sandrine MOALIGOU, Aurélie NOBLESSE, Oscar VOISIN
OU ? Au Théâtre du Ranelagh
QUAND ? Du 18 septembre 2026 au 17 janvier 2027
DURÉE : 1h50
TARIFS : de 12€ à 50€
https://www.theatre-ranelagh.com/spectacle/les-enfants-du-paradis