
Depuis le 26 août, le Théâtre Actuel La Bruyère accueille « Le Manuel de la jeune mariée 1957 », une pièce écrite et mise en scène par Virginie Lemoine (dont la rentrée 2026 est chargée puisqu’elle signe aussi la mise en scène du « Guide du parfait gentleman assassin », voir la chronique sur notre site.) Après deux étés au Festival d’Avignon, le spectacle s’installe à Paris pour notre plus grand plaisir.
France, 1957 : Cinq femmes, d’horizons tout à fait différents, s’apprêtent à vivre le plus beau jour de leur vie : leur mariage. Elles découvrent alors un manuel prodiguant tous les conseils nécessaires à faire d’elle une bonne épouse. Des conseils aussi farfelus que véridiques comme de ne jamais parler politique, garder le sourire quoi qu’il arrive, nettoyer sa maison avec un mélange d’eau et de formol ou faire un maximum d’enfants pour obtenir une médaille à la mairie…
Virginie Lemoine a écrit cette pièce pour ses comédiennes et pour rendre hommage à nos mères et nos grands-mères qui ont vécu dans cette société de 1957, bien différente de la nôtre mais dont nous portons cependant l’héritage. A travers son texte, elle montre à quel point, à onze ans de mai 1968, la route était longue pour les femmes et ce qu’elles ont subi dans une époque pour et par les hommes. Alors que tout était tourné vers le mari, la ménagère devait se réjouir d’avoir le droit de choisir seule son gigot chez le boucher, une liberté des plus appréciables ! Toujours rendre des comptes sur l’argent dépensé, ne jamais se montrer négligée aux yeux des autres, être une parfaite hôtesse qui accueille au mieux ses invités, ne jamais se plaindre, faire des repas équilibrés pour ne pas que l’homme décide de s’adonner à la boisson… Tant d’injonctions dont les femmes s’accommodaient parfaitement qui nous paraissent complètement ahurissantes aujourd’hui et parfois dangereuses pour la santé comme mettre de l’amiante partout, jusque dans le talc pour les bébés, boire au moins un litre de bière par jour (surtout pendant l’allaitement !), ne pas faire de mayonnaise pendant ses périodes, au risque de la rater… La salle rit de bon cœur grâce au rythme bien dosé humour et émotion.
Les portraits des différentes protagonistes font revivre une France où l’unique but d’une femme était le mariage, quels que soient les sentiments, pourvu que cela se fasse. Que ce soit Gilberte, Madeleine , Christiane, Louise ou Marguerite, elles nous confient, avec toujours autant de sincérité, leurs histoires avec cœur et tendresse. Entre celle qui décide de se marier à 49 ans, ayant supporté les railleries de la Sainte Catherine, celle dont la sœur éclipse la beauté, celle qui tombe amoureuse du mauvais homme, celle qui se marie vite parce que c’est ainsi, celle qui réussit à choisir son époux par amour, tous ces parcours nous transportent et nous touchent, non seulement par l’écriture de Virginie Lemoine mais aussi par l’interprétation parfaite des comédiennes : Valérie Zaccomer (superbe dans « Nos années parallèles ») , Nouritza Emmanuelian (vibrante dans « Passeport »), Mathilde Moulinat (applaudie dans « Le Secret des secrets »), Ariane Brousse (excellente dans « La Zone indigo »), Cloé Horry (remarquée dans « Le Cercle des illusionnistes »). Avec énergie, humour, second degré et sensibilité, elles donnent vie aux personnages avec beaucoup de grandeur et de force. Le spectateur est conquis par ces cinq femmes dans leurs sublimes robes des sixties et à la coiffure impeccable, dont les récits sont plus poignants les uns que les autres. Ce sont des chemins de vie qui étaient tracés dans un seul objectif : faire un bon mariage. Si ces chemins font partie du passé, ils révèlent de nombreuses choses sur notre société qui porte toujours quelques stigmates de ces temps révolus…
Tout cela est mis en musique par Stéphane Corbin, présent directement sur le côté droit du plateau, unique représentant de la gent masculine qui accompagne les comédiennes sur des mélodies aux accents jazzy tout au long de la pièce. Ainsi, les artistes interprètent des chansons sur des thèmes variés comme la visite chez le boucher avec des chorégraphies de Sharon Sultan (vue dans « Dolorès » l’an dernier). Cela apporte du dynamisme à la mise en scène. L’absence de micro n’est pas un problème car les voix des comédiennes s’accordent parfaitement, présentant leur manuel à la manière d’un show télévisé des années 50 avec les récurrents jingles « Notre conseil » ou « A noter » qui mettent l’accent sur les conseils les plus aberrants.
Le décor de Grégoire Lemoine est une structure fleurie en fond de scène qui se transforme parfois en écran, permettant de diffuser notamment quelques images d’archives qui ancrent le récit dans son époque et qui frappent le spectateur qui revoit, en quelque sorte, de vieilles photos de famille, témoins d’une époque passée.
« Le Manuel de la jeune mariée 1957 » est une pièce musicale drôle et émouvante, très bien écrite, portée par d’excellentes comédiennes. Un retour en arrière presque d’utilité publique qui met en valeur les femmes avec beaucoup de classe. A voir…
Texte et mise en scène : Virginie Lemoine
Avec : Valérie Zaccomer, Nouritza Emmanuelian, Mathilde Moulinat, Ariane Brousse ou Florence Coste, Cloé Horry, Stéphane Corbin ou Martin Pauvert (au piano)
Chorégraphie : Sharon Sultan
Décor : Grégoire Lemoine (assisté de Thierry Desroches)
Musiques : Stéphane Corbin
Lumières et créations d’images : Mehdi Izza
Assistant mise en scène : Laury André
Une coproduction Théâtre Actuel La Bruyère, Fiva, IMAO, RSCP et Magnolia
© Photos Frédérique Toulet
OU ? Au théâtre Actuel La Bruyère
QUAND ? Du 26 août au 31 décembre 2026
DURÉE : 1h20
TARIFS : de 24€ à 45€