
Depuis le 29 août, le théâtre Actuel La Bruyère accueille « Dolores », la nouvelle pièce de Yann Guillon et Stéphane Laporte, mise en scène par Virginie Lemoine. Après un succès en tournée et au Festival d’Avignon 2023 et 2024, la troupe s’installe à Paris afin de faire enfin découvrir cette histoire extraordinaire, basée sur des faits réels.
Pologne, 1930. Deux jumeaux, Sylvin et Maria Rubinstein connaissent un succès fou en donnant des spectacles de flamenco sous le nom d’Imperio y Dolores. Applaudis par tous, ils vont de cabaret en cabaret à travers l’Europe… jusqu’à la montée du nazisme. Plus unis que jamais, ils vont tout tenter pour survivre malgré la crainte de la Gestapo. Sylvin devient résistant, au péril de sa vie. Maria part retrouver leur mère… et leur vie bascule.
La force de cette pièce réside en particulier dans son histoire : l’histoire vraie d’un homme qui, pour rester fidèle à sa sœur jumelle disparue, va oser se travestir afin d’obtenir vengeance en son nom. Le spectateur pénètre dans ce récit avec la même passion qu’il pourrait avoir pour un roman dont on tourne les pages avec avidité afin d’en savoir plus. L’histoire est racontée par un Sylvin plus âgé qui nous donne à voir avec précision les détails de sa vie, jusqu’aux plus sombres. Ainsi, on se laisse prendre au jeu afin de découvrir les différents obstacles que Sylvin et Maria ont franchi dans une Europe qui leur ferme peu à peu ses portes. Adulés un jour, ils se retrouvent enfermés dans le ghetto de Varsovie sans aucune autre possibilité que la clandestinité. On se laisse séduire par ces deux personnages (ainsi que par leur allié allemand, surnommé Papa Kurt) pour leur force de caractère, leur volonté de ne jamais s’avouer vaincus, leur envie de vivre. Ensemble, ils sont prêts à tout pour continuer, même s’il faut se mettre, pour cela, en danger. Il est important de connaitre de tels personnages, qui ont fait l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, par leurs prises de position. Par son art, Sylvin a pu duper l’ennemi et faire entendre sa voix. On se plonge parfaitement dans son récit et cela donne envie d’en apprendre davantage sur les jumeaux Rubinstein.
La mise en scène et l’écriture de la pièce permettent une sorte de double énonciation : Sylvin à la fin de sa vie observe Sylvin jeune danser avec sa sœur sous les traits de deux danseurs de flamenco époustouflants accompagnés de deux musiciens qui prennent également part à l’histoire. C’est un réel plaisir de voir des danseurs autant mis à l’honneur et s’investissant avec cœur et passion. Comme dans les autres spectacles de Stéphane Laporte, les chansons accompagnent et servent le récit. Rien n’est accessoire. Rideaux, voilages, utilisation partielle du plateau, ombres chinoises, chorégraphies, lumières, images d’archives projetées : tout est au service de l’évolution des personnages et de leurs émotions. Mention spéciale pour la scène sur le balcon qui est particulièrement impressionnante d’un point de vue visuel et sonore, les résonances des bombes se mêlant aux coups de talon du flamenco . C’est beau, c’est intelligent, c’est captivant, c’est vibrant.
Les comédiens et les danseurs donnent vie aux personnages avec sincérité et justesse. Ils en interprètent même plusieurs tout au long de la pièce. Olivier Sitruk nous emporte dans son histoire dévoilant une sensibilité bouleversante. François Feroleto présente un Papa Kurt impressionnant et admirable. Joséphine Thoby nous touche par sa force mêlée de vulnérabilité. Sharon Sultan et Ruben Molina nous envoûtent par leurs chorégraphies. Cristo Cortes et Dani Barba nous transportent dans la musique tzigane avec toute sa gravité et son élégance.
La pièce met en lumière la beauté des liens frère sœur, l’importance de rester soi-même quelles que soient les embûches, l’horreur et la violence subies par les Juifs sous le régime nazi, le courage de ceux qui ont dit non, la quête de l’identité… Tant de sujets qui interpellent encore aujourd’hui et qui font de « Dolores » un spectacle parfait pour le devoir de mémoire.
« Dolores » est une pièce émouvante, intelligente et belle, servie par des comédiens, danseurs et musiciens d’une grande grâce. A voir absolument !
Audrey C.
Avec Olivier Sitruk en alternance avec Adrien Melin, François Feroleto, Joséphine Thoby, Sharon Sultan (danseuse) Ruben Molina (danseur), Cristo Cortes (chanteur et musicien) et Dani Barba (musicien)
Auteurs Yann Guillon et Stéphane Laporte
Mise en scène Virginie Lemoine
Scénographie Grégoire Lemoine
Costumes Julia Allègre
Lumières et vidéo Mehdi Izza
Création sonore Vincent Lustaud
Chorégraphies Marjorie Ascione en collaboration avec Sharon Sultan et Rubén Molina
Assistant mise en scène Laury André
Une coproduction Atelier Théâtre Actuel, Pitzy Prod, Fiva Production, IMAO, RSC P et Macal Prod
Avec le soutien de la Fondation Rothschild, de l’Espace culturel Bernard Dague de la ville de Louvres et de la galerie Olivier Waltman
Où ? Théâtre Actuel La Bruyère, 5 RUE LA BRUYÈRE, 75009 PARIS
Quand ? Jusqu’au 31 décembre 2025
Du mercredi au dimanche
Tarifs : De 24€ à 45€ – de 26 ans* : 12€
Durée : 1h30