Depuis le 8 octobre, le Théâtre du Gymnase accueille « Le Fantôme de l’Opéra », la nouvelle version de l’œuvre de Benoît Solès, Pierre-Yves Lebert, Marc Demais d’après le roman de Gaston Leroux (différente de celle qui triomphe à Londres et New York depuis des années). La première adaptation (au Théâtre Antoine en octobre 2025) a été complètement remaniée par l’équipe, avec deux nouveaux artistes. Ayant apprécié ce spectacle (https://fauteuildorchestre.fr/index.php/2025/11/04/le-fantome-de-lopera-au-theatre-antoine/), nous ne pouvions pas manquer cela…

C’est soir de première à l’Opéra. La Carlotta s’apprête à interpréter le rôle d’Elvire dans « Dom Juan triomphant », une œuvre d’un compositeur anonyme. Firmin, le directeur de l’Opéra, doit accueillir tout le gratin parisien mais le ténor a disparu. Une rumeur enfle dans la salle qu’un Fantôme hanterait les lieux…

Cette nouvelle vision du spectacle n’est plus l’histoire racontée par la fille de Christine Daaé, la cantatrice, qui se remémorait des souvenirs. L’action se centre davantage sur les personnages du roman et sur l’intrigue en elle-même. Pour cela, un pré-show fait entrer le public directement dans le récit. Des informations sont glanées çà et là pour montrer les différentes problématiques. Mme Giry, dans son rôle d’ouvreuse, nous accueille avec sa discrétion et son élégance, un peu comme la narratrice de cette aventure. Ainsi, on découvre la Carlotta, Christine, Firmin et même Raoul dans l’effervescence des coulisses d’une représentation d’un opéra. Ce moment très théâtral a presque la fonction d’une scène d’exposition : il est donc nécessaire à la compréhension de l’action et a lieu dix minutes avant le début du show. Nous vous conseillons donc d’arriver en avance afin de ne rien manquer d’important.

La mise en scène a été entièrement revisitée par Benoît Solès (qui signe également le livret). Le public ressent l’amour de la littérature de celui-ci et c’est très appréciable. L’espace même du théâtre est utilisé au service de l’histoire. Par la force de l’imagination et par la beauté du lieu, le Gymnase prend des airs d’Opéra Garnier. On y admire le lustre (très important dans la narration), les loges d’avant-scène, le parterre, le plateau. Les comédiens vont de la scène à l’orchestre, en passant par les loges. Ils se trouvent parfois directement au cœur du public, ce qui crée un effet immersif très appréciable pour le spectateur qui se sent intégré à l’histoire. Quel plaisir de voir la fameuse loge numéro 5 que le Fantôme s’est attribuée (juste en face de celle de Raoul) ! Comment ne pas se délecter de voir Firmin serrer les mains des officiels présents dans la salle ? On aime aussi le clin d’œil humoristique à l’absence de musiciens sur scène pour un spectacle musical. C’est très bien pensé. Le plateau se retrouve évidemment au centre du récit. Le rideau monte et descend au fil de l’intrigue pour créer justement l’illusion d’une représentation d’opéra, pour faire jouer l’opéra, pour nous emmener à l’arrière-scène où tout se noue. D’autres rideaux voluptueux miment les décors du « Dom Juan triomphant ». On pourrait reprocher le nombre d’ouvertures et fermetures de rideau trop élevé mais cela sert l’action, ce qui pose donc peu de problèmes de cohérence. Par ailleurs, l’escalier modulable de la première version était pertinent, nous sommes séduits par cette nouvelle vision, avec de véritables éléments de décor comme la coiffeuse de la loge de Christine, le miroir… Les lumières se modulent selon l’histoire (pleines, feutrées ou même stroboscopiques). Enfin, la toile de fond représentant l’intérieur de l’Opéra dévoile tout son intérêt lors de la fuite des toits jusqu’au lac par le Fantôme et Christine. Sans rien divulgâcher, c’est particulièrement réussi et cela poursuit l’aspect immersif de la scène (comprenant une sorte d’easter egg de la version américaine).

Outre la mise en scène, les personnages ont aussi évolué, davantage fouillés dans leur représentation. Commençons par Bastien Jacquemart, sa voix puissante et son charisme faisaient déjà de lui un Fantôme convaincant et inquiétant. Il prend ici encore plus de place. Sa fragilité transparaît davantage avec la chanson « Comme tout le monde » qui se répète comme un leitmotiv dans la narration et qui transperce le chœur du public par l’émotion qui s’en dégage. Fabian Richard rend Firmin encore plus intéressant. Il apporte beaucoup d’humour à la pièce. Le public se prend de sympathie pour lui. On lui donne plus de profondeur par une version différente de « Amadeus moins le quart », le titre qui le rend davantage humain et touchant grâce à une orchestration évolutive laissant place aux émotions. Cathy Arondel nous avait déjà envoutés par sa chanson « Demandez le programme ». Nous regrettons que la salle ne lui permette plus de circuler à travers les rangées comme avant, mais sa prestance et sa grâce font d’elle un repère pour le spectateur et la posture de narratrice lui convient parfaitement. Maélie Zaffran prouve qu’elle a bien grandi depuis « Mamma Mia » et qu’elle a pris de la maturité dans son rôle, notamment lors de sa chanson finale face à Eric et Raoul. Victor Marichal ne parlait pas dans son rôle du Persan auparavant. Il peut ici exister davantage. En Gaby, il confère une touche plus légère à l’histoire. Julie Denn reprend le rôle de Carlotta (sans la chanson « Les Consonnes ») avec beaucoup de second degré et une voix impeccable notamment dans les passages lyriques (qui ont été rallongés, ce qui est très cohérent pour la narration). Artus Maël est un Raoul candide mais dynamique, ce qui convient au personnage.

Les chansons retrouvent leur place pour faire avancer l’action. Morceaux lyriques ou titres plus pop, ils se mêlent au récit pour mieux développer les personnages ou le contexte. On apprécie toujours la chanson d’introduction qui présente l’Opéra et la vie parisienne du XIXe siècle. On frissonne sur la chanson finale du Fantôme. On se laisse porter par les passages lyriques. On est ému par le duo entre Christine et Raoul… Une chanson de confrontation entre ces deux rivaux est par ailleurs ajoutée. Cela inscrit le spectacle dans le genre du théâtre musical, ce qui est particulièrement plaisant et qui mériterait davantage de moyens pour donner toute son ampleur.

« Le Fantôme de l’Opéra » réussit son arrivée au Théâtre du Gymnase. Un spectacle musical touchant, avec une équipe talentueuse, une mise en scène entière revue et immersive. Un très beau show à voir en famille.

Audrey C.

Avec : Cathy Arondel, Julie Denn, Bastien Jacquemart, Artus Maël, Victor Marichal, Fabian Richard, Maélie Zaffran

Auteur du livret, metteur en scène – Benoît Solès

Paroles – Pierre-Yves Lebert

Musique – Marc Demais

Lumières – Charles Gratecap

Vidéo – Caroline Grastilleur

Scénographie – Casilda Desazars

Costumes – Domitille Duforest

Collaboration artistique – Sophie Nicollas

Une production Le Ruche Spectacles, Caramba Culture Live et Atelier Théâtre Actuel

OU ? Au théâtre du Gymnase

QUAND ? Du 8 octobre 2026 au 17 janvier 2027

DURÉE : 1h30 incluant un pré-show de 10 mins avant le spectacle.

Surtitres en anglais et en chinois

TARIFS : de 19€ à 69€  

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