Depuis le 23 septembre, le Théâtre des Mathurins accueille « Antigone », la pièce de Jean Anouilh, mise en scène par Andréa Bescond. Après un premier succès au théâtre avec « Les Chatouilles » et un passage au festival d’Avignon 2026, c’est donc une vision nouvelle de l’œuvre de Jean Anouilh (représentée pour la première fois sous l’Occupation allemande) que nous offre l’artiste.

Les deux frères d’Antigone (Etéocle et Polynice) se sont entretués pour garder chacun la couronne alors qu’ils devaient se partager le pouvoir. Selon les ordres du nouveau roi Créon, Polynice, considéré comme traitre, ne reçoit pas de sépulture et son âme est condamné à errer éternellement. Quiconque sera surpris à lui offrir les honneurs funèbres sera tué. Antigone refuse cet affront et décide de le recouvrir de terre…

« Antigone » reprend les codes qui avaient été ceux des « Chatouilles » (même si « Les Chatouilles » racontaient l’histoire personnelle de son autrice) : un seul en scène, pas de décor, une comédienne interprétant tous les rôles, des danses exprimant la colère. On découvre ici, à nouveau, une performance d’actrice exceptionnelle de Deborah Moreau qui donne vie aux personnages mythiques de la pièce d’Anouilh avec justesse en un clin d’œil, en un changement de gestuelle. La lumière s’allie à la mise en scène pour permettre à la comédienne de prendre possession des différents caractères comme s’ils entraient en elle par magie. C’est bluffant tant la diction de l’artiste est irréprochable, changeant d’accent, de débit de paroles, de regard, de voix, pour mieux représenter chaque personnage. Les danses parfaitement exécutées ponctuent également le récit et expriment les émotions d’Antigone : cette rage, cette colère qu’elle ne peut avouer aux autres.

L’histoire d’Antigone est celle d’une jeune femme qui s’oppose au pouvoir établi, qui a longtemps été vue comme une critique de l’Occupation, comme un symbole de la Résistance face à l’oppresseur allemand. Sous les traits de Déborah Moreau, avec le texte original de Jean Anouilh, Antigone retrouve sa révolte, son côté excessif d’adolescente qui se cherche et essaie d’exister. Elle se veut très moderne dans son rejet d’une société qui ne donne pas la parole aux femmes (Antigone aurait pu régner à la mort de leurs frères, on leur a préféré leur oncle Créon). Elle porte ainsi un message féministe, négligeant les artifices que l’on attribue trop souvent à la femme, se revendiquant naturelle, loin de sa sœur, Ismène, montrée comme une adolescente frivole, bloquée sur son portable. Cette vision du personnage peut surprendre dans un premier temps, ne rendant pas véritablement compte du caractère réel du rôle dans la pièce d’Anouilh mais cela l’ancre dans la société actuelle et n’est finalement pas problématique. De la même manière, le garde, Lucas, est rendu très moderne dans son interprétation. Il apporte ainsi de l’humour et un décalage avec l’aspect tragique de la pièce. On est conquis par la nourrice qui montre toute la douceur et l’humour d’une femme aimante, ne souhaitant pas le déshonneur de sa petite protégée. On appréciera également l’utilisation des voix off reprenant les paroles de certains personnages ou parfois du chœur (dont les répliques ne sont malheureusement pas toutes reprises). Ces voix apportent de la dramaturgie.

Un bémol cependant sur la représentation de Créon qui se retrouve être un tyran sans cœur et pédophile. Si on reconnaît là le combat quotidien d’Andréa Bescond notamment pour l’adoption de la loi intégrale, cela semble plutôt réducteur que de voir ce personnage sous ce prisme étant donné l’écriture qu’en fait Anouilh. Certes, il est devenu roi mais c’est surtout par la force des choses et parce qu’il a accepté cette tâche suite à la mort de ces neveux. Mais les mots d’Anouilh le montrent plus tiraillé justement par cette décision qu’il a prise de prendre le trône. Ici, même si on le montre voulant convaincre Antigone de ne pas avouer son crime pour qu’elle ne meure pas, il est surtout vu comme le mal incarné contre lequel il faut se révolter. Cette version manichéenne est une proposition qui ne dérangera sûrement pas les personnes ne connaissant pas bien la pièce originale et qui n’empêchera pas aux autres d’en comprendre le message. Antigone, une féministe avant l’heure, une femme qui ose se révolter et suivre ses convictions jusqu’à en mourir. Une façon d’encourager les femmes à parler et à cesser d’accepter une société patriarcale.

« Antigone » est une véritable performance scénique de Déborah Moreau, portant le message fort d’Andréa Bescond. Un vent de révolte souffle aux Mathurins.

Texte Jean Anouilh

Mise en scène Andréa Bescond

Avec Déborah Moreau

Assistant Guillaume Segouin

Lumière Stephane Fritsch

Son Vincent Lustaud

Diffusion Celine Buet

Attachée de presse Nicole Sonneville et Mathieu Garraialde

Affiche et visuels Stefan Mucchielli

Bully Production Andréa Bescond

Production Bully Production 

Crédit photo (scène) Sofiane Hamida

Crédit photo (portrait) Stephan Mucchielli

OU ? Au Théâtre des Mathurins

QUAND ? Le mercredi du 23 septembre au 25 novembre 2026

DURÉE : 1h25

TARIFS : de 20€ à 42€

Recommended Articles