Depuis le 25 septembre, le Théâtre de la Renaissance accueille « La Tresse », l’adaptation du livre de Laetitia Colombani par l’autrice elle-même. Après une version cinématographique, celle-ci donne une nouvelle vision de son œuvre, mise en scène par Johanna Boyé (dont nous avions apprécié le travail sur « Je ne cours pas je vole »). Une autre façon de (re) découvrir ce parcours croisé de quatre femmes courageuses.

En Inde, Smita et sa petite fille, Lalita, cherchent à fuir leur destin de femmes « intouchables », destinées à ramasser les excréments des personnes les plus riches. En Sicile, Giulia travaille avec cœur dans l’entreprise familiale de traitement de cheveux pour perruques. A Montréal, Sarah, maman de trois enfants, s’investit à plein temps dans son métier d’avocate, au risque d’en oublier de surveiller sa santé…

« La Tresse » est une pièce chorale où les histoires, sans lien initial apparent, se mêlent avec un point commun : la ténacité de quatre femmes qui traversent des épreuves sans jamais abandonner, qui trouvent toujours la petite étincelle à laquelle s’accrocher pour aller de l’avant. Quel que soit le continent d’où elles viennent, elles partagent une rage de vivre exceptionnelle. Smita n’hésite pas à aller au-delà des traditions et même au-delà des volontés de son mari pour offrir un meilleur avenir à sa fille. Elle se bat pour lui permettre de s’instruire et d’être indépendante. Giulia est attachée à l’entreprise de son père et aux femmes qui y travaillent. Rêveuse, passionnée de livres, elle écoute son cœur loin des préjugés malgré le poids de la raison qui pèse sur ses épaules. Sarah cherche à tout gérer sans jamais se plaindre : ses enfants, son travail, sa vie de femme… La vie va tout d’un coup la rattraper sans lui laisser de choix.

L’écriture de la pièce est particulièrement intéressante puisqu’elle ajoute le regard de l’autrice sur son livre. En effet, Laetitia Colombani interprète son propre rôle au plateau. Ainsi, elle se montre dans l’action de l’écriture, elle en dévoile l’élément déclencheur, elle crée des pauses dans la narration pour donner au spectateur l’illusion du roman en train de s’écrire. Cela apporte énormément à l’action. Par ailleurs, elle interprète également d’autres personnages, costumée ou non. Le public comprend ainsi que, dans chaque personnage, se cache un peu de la romancière qui tient les ficelles, un peu comme une marionnettiste.

Elle est rejointe au plateau par des comédiennes talentueuses : Magali Caillol, Blanche Leleu, Marina Pangos (auréolée d’un Molière de la révélation pour « Le Chant des lions »), Lara Tavella (remarquée dans « La Zone indigo »). Outre le fait d’interpréter l’un des rôles principaux, elles fredonnent des airs parfois et donnent également vie à d’autres personnages, notamment les rôles masculins. En effet, le parti pris est que tous les personnages soient joués par des femmes. Ce qui peut surprendre évidemment au premier abord nous paraît assez ingénieux puisque cette pièce met en valeur une sororité au-delà des frontières, au-delà des langues. Les femmes forment ainsi une communauté unie loin des dangers du patriarcat qui gangrènent tout de même la société par la force de la tradition. Un seul homme se tient sur scène : un guitariste qui accompagne les comédiennes par sa musique lors d’intermèdes entre les scènes, pour interagir avec elles, pour crier la colère ou pour mimer le désespoir. Cette présence est très pertinente car elle apporte une chaleur dans le drame, de la légèreté, de l’émotion. La musique jouée en direct est toujours une excellente idée au théâtre.

La scénographie interpelle directement le spectateur. Plusieurs rideaux formés de bandes se trouvent au plateau et permettent à la fois la projection d’images et la création d’espaces différents dans l’action. Ainsi, cela enlève l’aspect quelque peu lassant des écrans de fond de scène car les images semblent vivre avec les personnages. Elles sont plus floues, moins précises, comme tout droit sorties de l’imagination de l’autrice, elles se brouillent lorsque les personnages vivent quelque chose de difficile. Par ailleurs, les lumières jouent le même rôle, permettant de créer des moments plus intimes, d’autres plus poignants… A cela s’ajoutent des estrades avec escaliers qui se déplacent au fil des voyages du récit ou des scènes nécessitant du mouvement. Cela apporte une énergie à l’histoire et convainc le public.

« La Tresse » est une bonne adaptation du roman de Laetitia Colombani qui lui apporte un nouveau regard grâce à une mise en scène très pertinente et à un casting imparable. A voir…

Avec : Magali Caillol, Laetitia Colombani, Laurent Guillet ou Jean-François Prigent, Blanche Leleu, Marina Pangos, Lara Tavella.

Equipe artistique :

* Adaptation :  Laetitia Colombani

* Mise en scène : Johanna Boyé

* Assistante mise en scène : Pauline Devinat

* Scénographie : Caroline Mexme

* Création lumières : Cyril Manetta

* Création musique : Mehdi Bourayou et Laurent Guillet

* Costumes : Alice Touvet

* Perruques : Julie Poulain

* Vidéo : Benoît Lahoz

* Chorégraphie : Johan Nus

OU ? Au Théâtre de la Renaissance

QUAND ? Du 25 septembre 2026 au 10 janvier 2027

DURÉE : 1h20

TARIFS : de 13€ à 53€

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