
Depuis le 27 août, le théâtre de Poche accueille « Quatre vingt treize », une adaptation du dernier roman de Victor Hugo par Marion Bierry. Après le succès du « Menteur » de Pierre Corneille, la troupe revisite un nouveau classique dans un écrin qu’elle apprécie tout particulièrement.
1793. Alors que la guerre civile fait rage suite à l’instauration de la Première République et de la guerre contre l’Europe, un royaliste, Lantenac, se prépare à accoster en Bretagne pour aider à réveiller les derniers hommes de son camp afin de faire cesser l’avancée de Républicains, comme Gauvain…
« Quatre vingt treize » nous fait entrer dans un engrenage infernal dans lequel plongent tous les personnages. Lantenac tente de faire revivre l’ordre ancien. Gauvain rêve d’un système plus juste où les actes des citoyens montrent leur bravoure. Cimourdain est davantage attaché à la loi. Michelle Fléchard se sent perdue dans un combat qui n’est pas le sien, elle qui ne cherche qu’à survivre avec ses enfants. Le Sergent Radoub s’implique corps et âme dans la République. Chacun est pris dans les filets d’une situation difficile où les meurtres s’accumulent, où l’on lutte pour rester en vie, ce qui se ressent par l’interprétation impeccable des comédiens. La scénographie rend compte de cet enfermement par les musiques, les lumières et les panneaux disposés au plateau pour dissimuler les personnages, les égarer, les emprisonner. Le public ressent comme un malaise mimant l’inquiétude des protagonistes qui errent dans les forêts bretonnes sans savoir qui ils croiseront l’instant suivant.
Cette pièce met également en valeur l’importance de la famille dans un contexte de guerre. Gauvain, le Républicain, est le neveu de Lantenac et le fils spirituel de Cimourdain. Le sergent Radoub adopte, au nom de la République, les enfants de Michelle qui deviendront ensuite une monnaie d’échange des Monarchistes. Les liens du sang sont-ils plus forts que les convictions politiques ? Doit-on agir selon la raison, selon la loi, selon le cœur ? Quelles sont les conséquences des divergences de pensée lorsque tout est sens dessus dessous ? Dans une Révolution, y a-t-il de la place pour la compassion ? L’amour maternel n’est-il pas plus puissant que tous les combats ? Les personnages prennent des risques, se mettent en danger pour défendre leur idéaux. Ils cherchent juste à être en accord avec les convictions.
Bien sûr, si les propos de Victor Hugo font référence à 1793, ils trouvent un écho aussi dans la Commune de 1870 qui bouleversa l’auteur mais aussi fait réfléchir sur la situation actuelle à un an des élections présidentielles. L’écrivain donne la parole au peuple et aux puissants. Il prouve qu’un soulèvement peut entrainer des douleurs mais a permis la création d’une démocratie, toujours plus en danger aujourd’hui. Dans le récit, des villages sont décimés, des hommes et des femmes assassinés, la violence est partout et prouve qu’il est urgent de se réunir pour nos droits.
Les costumes ancrent parfaitement les personnages dans leur temps. Les perruques des royalistes tombent au fur et à mesure de l’intrigue. Le spectateur attentif se plaira à découvrir Michelle vêtue comme l’allégorie de la Liberté dans le tableau d’Eugène Delacroix « La Liberté guidant le peuple » choisi comme visuel pour l’affiche du spectacle, tableau devenu un symbole de la République. Cela apporte au personnage de Michelle, seule figure féminine du récit, un pouvoir tout particulier.
« Quatre vingt treize » est une pièce engagée qui permet au public de s’interroger sur son époque en regardant le passé, dans une ambiance angoissante. Un spectacle à voir en cette période électorale.
De Victor HUGO
Adaptation et mise en scène Marion BIERRY
Avec Pamela RAVASSARD ou Marine MONTAUT, Benjamin BOYER, Stéphane BIERRY, Thomas COUSSEAU ou Julien ROCHEFORT, Alexandre BIERRY, Mathurin VOLTZ
Scénographie : Arthur VLAD
Peintures : Marguerite DANGUY DES DÉSERTS
Costumes : Nora SCHEIDL
Lumières : Stéphane BALNY
OU ? Au théâtre de Poche Montparnasse
QUAND ? Du 27 août 2026 au 10 janvier 2027. DU MARDI AU SAMEDI À 21H – LE DIMANCHE À 17H
DURÉE : 1h40
TARIFS : de 27€ à 34€
https://www.theatredepoche-montparnasse.com/spectacle/quatrevingt-treize