Depuis le 21 août, le théâtre du Palais Royal accueille « Le Guide du parfait gentleman assassin », l’adaptation par Stéphane Laporte mise en scène par Virginie Lemoine (duo bien connu des amateurs de théâtre musical pour notamment leur travail sur « Dolorès », présenté à la saison dernière au Théâtre Actuel La Bruyère). Après un succès à Broadway en 2013 et quatre Tony Awards en 2014, c’est au tour de Paris de découvrir ce spectacle déjanté.

Londres, 1906. Montague Navarro vient de perdre sa mère. Il se retrouve sans fortune, seul, ne pouvant accéder à de brillantes études. Quand une amie de sa mère arrive et lui apprend qu’il est neuvième dans la liste des héritiers d’un Comte, il comprend qu’il ne lui reste qu’une chose à faire : assassiner (avec classe !) les huit autres pour récupérer la fortune…

Dès les premières notes de l’ouverture, le public comprend qu’il va passer une bonne soirée grâce aux effets visuels en clair obscur du Prologue. En effet, les comédiens interpellent directement les spectateurs et les font entrer dans l’histoire. C’est tout le talent de la mise en scène de Virginie Lemoine qui, au moyen d’une seule structure modulable en fond de plateau et aucun écran, réussit à figurer les différents lieux de l’action avec brio. Des ouvertures se créent au fur et à mesure de l’action grâce à des rideaux, figurant tantôt la chambre de Monty, tantôt le château de Lord Adalbert, tantôt une patinoire aux sports d’hiver… Le spectateur se délecte de cette utilisation de l’espace notamment lors de la délicieuse visite de l’église avec le révérend Lord Ezekial D’Ysquith plus vraie que nature. Les lumières évoluent également, se parant de rose par exemple pour imager les appartements de Sibella. Tout cela rend hilarante la scène du triangle amoureux entre Monty, Sibella et Phoebe. Des objets apparaissent de derrière les rideaux selon les besoins de l’intrigue, presque comme par magie. Ajoutons à cela des costumes très bien choisis, l’audience est plongée dans la parfaite illusion théâtrale et cela ne peut que nous ravir.

La troupe, composée de grands noms du théâtre musical français, excelle aussi bien dans les rôles principaux que dans l’ensemble qui interprète les rôles secondaires. Gaétan Borg apporte du charme à cet assassin sans scrupules dont le public suit les mésaventures avec délectation. Benoît Cauden nous gratifie d’une performance époustouflante  d’interpréter les huit rôles différents des cousins (et de la cousine !) assassinés (mention spéciale pour la note suraigüe lancée avec puissance vers la fin de l’acte 1). Changeant de costume à la vitesse de l’éclair, il donne vie à ces personnages avec une aisance extraordinaire, passant du gentil vieillard au curé, de la femme philanthrope au gay amateur d’abeilles. Avec Gaétan, ils forment un duo irrésistible qui conquiert le spectateur. Les personnages féminins ne sont pas en reste avec Camille Nicolas (Sibella) et Emma Brazeilles (Phoebe). L’une fantasque, l’autre maladroite, elles séduisent Monty avec une apparente naïveté mais se montrent finalement bien plus rusées qu’il ne pourrait le penser initialement. L’ensemble est parfait pour ses tableaux de groupe, parfaitement interprétés, mais aussi pour les personnages comme Lady Eugenia D’Ysquith (Carole Deffit), Mlle Evangeline Barley (Rachel Pignot), Miss Marietta Shingle (Sandrine Montcoudiol), la guide touristique (Anne-Laure Triebel), l’inspecteur principal Pinckney (Guillaume Beaujolais), le majordome (Jeremy Petit), le médecin légiste (Hervé Lewandowski). Il nous semblait important de tous les citer car ils apportent de l’énergie à ce spectacle.

Fait assez rare à Paris pour le mentionner : les musiques sont interprétées en live par trois musiciens en alternance. Cela apporte de l’âme aux airs interprétés par des artistes aux voix impressionnantes, proches du registre de l’opéra parfois. Dans la tradition de Broadway, certains airs reviennent régulièrement pour rappeler le thème du récit. Le spectateur gardera en mémoire notamment le final de l’acte 1 qui reprend plusieurs airs avec les différents protagonistes, créant une réelle tension dramatique.

L’histoire joue sur l’humour des différentes situations. Le public se surprend à vouloir que Monty atteigne sa quête de tuer les huit cousins, même si ces actes sont affreux. La classe avec laquelle elle est menée fait qu’il est aisément pardonné. L’audience se prend au jeu tant et si bien que l’on s’inquiète qu’il soit découvert. Chaque nouveau cousin est attendu avec impatience afin de voir quelle sera sa personnalité, comment il sera tué. Le triangle amoureux nous réjouit. Bref, le spectateur se laisse complètement porté par le récit, jusqu’à la chute finale, que nous ne dévoilerons pas ici…

« Le Guide du parfait gentleman assassin » est un spectacle musical drôle, parfaitement interprété par une équipe talentueuse avec une mise en scène bien ficelée. Une bonne surprise en ce début de saison…

Livret et paroles : Robert L. Freedman

Musique et parole : Steven Lutvak

Adaptation française : Stéphane Laporte 

Mise en scène : Virginie Lemoine

Avec : Gaétan Borg, Benoît Cauden, Camille Nicolas, Emma Brazeilles, Sandrine Montcoudiol, Carole Deffit, Anne-Laure Triebel, Rachel Pignot, Guillaume Beaujolais, Jeremy Petit, Hervé Lewandowski

Musiciens, en alternance : Nicolas Fargeix, François Chambert, Vincent Boisseau, Raphaël Aubry, Benjamin Fabre, Antoine Züng Pham

* Assistant mise en scène :  Laury André

* Direction musicale : Charlotte Gauthier, en alternance

Arnaud Tibere-Inglese, Delphine Dussaux, Benjamin Pras

* Lumières / vidéos : Mehdi Izza

* Décors : Grégoire Lemoine

* Costumes : Axel Boursier

* Chorégraphies : Mariejo Buffon

OU ? Au théâtre du Palais Royal

QUAND ? Du 21 août au 20 décembre 2026

DURÉE : 2h (+ entracte de 15 minutes le soir)

TARIFS : de 19€ à 70€

https://www.theatrepalaisroyal.com/Spectacles/le-guide-du-parfait-gentleman-assassin/

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