Depuis le 31 mars, le Théâtre 14 accueille « Roberto Zucco », la pièce de Bernard-Marie Koltès mise en scène par Rose Noël, basée sur des faits réels. Après des passages réussis à Avignon et avant d’y revenir, la troupe s’est installée à Paris pour notre plus grand plaisir. 

Roberto vient d’être incarcéré pour avoir tué son père. Sous les yeux des gardiens, il s’enfuit et retourne chez sa mère qui est encore bouleversée de ce qui s’est produit. Au fil des scènes, Roberto laisse libre cours à sa passion meurtrière, provoquant le destin et se moquant des conséquences… 

« Roberto Zucco » impressionne par une mise en scène immersive. Les comédiens vont et viennent en utilisant tout l’espace, sans limite, et en intégrant pleinement le spectateur à l’histoire. L’action se passe partout : dans les airs, dans le public, au plateau, même les issues de secours sont prises d’assaut. Cela donne l’impression de devenir témoins, voyeurs et, par conséquent, complices des agissements terribles de Roberto Zucco. Pour cela, la lumière joue un rôle très important. Parfois aveuglante comme lors du concert, parfois inquiétante lors de la présence des gardiens, parfois absente lors de la scène du viol, la lumière prend toute sa place pour créer l’angoisse ou le malaise chez le spectateur. La pénombre prend sa part également. 

Tout est fait pour inclure le public afin qu’il s’interroge sur ce qu’il ressent, qu’il se sente réellement concerné. Qui se cache véritablement derrière la figure du monstre ? Qu’aurions-nous fait face à une telle situation ? La beauté de Roberto est-elle une aide pour lui permettre de tuer de sang-froid ? La violence est-elle partie intégrante de chacun de nous ? Chaque scène agit de façon percutante sur le spectateur qui se sent encerclé par le récit auquel il ne peut échapper. Aucun jugement n’est vraiment donné par la mise en scène. On nous donne à voir pour mieux nous permettre de réfléchir et c’est tout à fait percutant. 

Par la présence de deux musiciens sur scène (Natalia Bacalov et Martin Sevrin), la musique devient presque un personnage à part entière. Elle démarre le spectacle par un grand moment de joie et d’insouciance. Créée spécialement pour la pièce (à part deux reprises dont « Bambino » de Dalida), elle accompagne ensuite Roberto dans chacun de ses actes au rythme des percussions, des guitares, d’un violoncelle ou des voix. Elle semble converser avec Roberto au fil de l’histoire. D’ailleurs, Natalia interagit directement avec lui en italien surtitré pour le confronter à ses actions, parfois le juger comme une voix dans sa tête qui le torturerait. Une nouvelle fois, cela permet de mettre le spectateur au cœur même des pensées du personnage principal, avec tout ce que cela apporte de dérangeant et de sublime. 

La pièce questionne le rapport à l’enfermement et à la liberté. Roberto se veut libre mais il est enfermé dans sa passion meurtrière et violente. Face au calme de la femme élégante, il se montre même un peu désarçonné, comme poussé à agir pour agir, parce que c’est le rôle qu’il s’est attribué. Il termine même dans une cage à laquelle il pense pouvoir échapper pour finir libre. La métaphore de l’oiseau est, par ailleurs, très présente dans le texte. Roberto s’intéresse à la gamine que tout le monde surnomme Colombe notamment. Au départ, elle échappe au monde qui lui est imposé par sa famille en se laissant séduire par Roberto. Elle perdra ainsi sa vertu et ne cessera de chercher à découvrir qui elle est en souhaitant retrouver Roberto. Elle quitte sa tenue d’écolière lorsqu’elle devient une femme, comme pour montrer qu’elle se libère, allant pourtant vers sa perte. 

Les comédiens portent le texte avec beaucoup de justesse. Ils donnent vie aux personnages dans toute leur cruauté ou leur douleur. Chacun a ses raisons d’agir comme il le fait et on ne se trouve jamais dans la caricature. Les mots se suffisent à eux-mêmes. Peu de décors, peu d’accessoires (à part les lumières des gardes, la table, des chaises et le revolver). La violence est partout dans les personnages : celle du frère qui protège la gamine avant le mariage, celle de la sœur qui perd sa raison de vivre, celle de la mère qui voit son fils assassin, celle de la femme élégante qui refuse la vie qu’elle a, celle des gardiens qui perdent le sens de leur travail. Tout est mêlé, tout est sombre et pourtant tout est brillant. 

« Roberto Zucco » est une pièce dérangeante, bouleversante et passionnante qui capte le spectateur jusqu’à la fin, servie par des comédiens à la hauteur de l’histoire. Un spectacle dont on ressort différent. 

Audrey C.

Texte Bernard Marie Koltès 

Mise en scène Rose Noël  

Avec Natalia Bacalov, Lola Blanchard, Simon Cohen, Laurence Côte, Suzanne ou Mélie Torrell, Maxime Gleizes ou Thomas Rio, Axel Granberger, Akrem Hamdi, Rose Noël, Martin Sevrin 

Collaboration artistique Simon Cohen 

Création musicale Natalia Bacalov et Martin Sevrin 

Lumières Enzo Cescatti

Scénographie Mathilde Juillard

Son Matéo Esnault et Tom Beauseigneur 

Costumes Cloé Robin

Surtitrage vidéo Katell Paugam 

OU ? Au Théâtre 14 

QUAND ? DU 31 MARS AU 18 AVRIL 2026

DUREE : 1h30

TARIFS : de 10€ à 27€ 

https://www.theatre14.fr/programmation-25-26/roberto-zucco

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