
Depuis le 7 février, le théâtre du Gymnase accueille « Le Bourgeois gentilhomme », l’adaptation du classique de Molière mise en scène par Jérémie Lippmann avec Jean-Paul Rouve. Après un passage remarqué au Théâtre Antoine et une nomination aux Molières 2026 pour Jean-Paul Rouve, la pièce s’est installée pour une séance de rattrapage pour les retardataires.
Humble bourgeois, Monsieur Jourdain souhaite devenir un homme de qualité afin de plaire à Dorimène (qui ignore ses sentiments pour elle). Pour cela, il engage plusieurs maîtres pour parfaire son éducation : danse, musique, philosophie. Quand Cléonte lui demande la main de sa fille Lucile, Monsieur Jourdain refuse afin qu’elle choisisse un duc ou un comte…
Pour rendre hommage à l’une des pièces les plus populaires de Molière, Jérémie Lippmann nous gratifie d’une mise en scène qui mélange classicisme et modernité. Il s’inscrit dans la tradition en reprenant la pièce en comédie ballet avec des chorégraphies et des musiques qui apportent à la narration. Ainsi, deux danseuses et un danseur se mêlent aux comédiens pour représenter les œuvres des maitres de danse et de musique dans le premier acte par exemple. Mais cela n’est pas fait sans une touche d’autodérision et d’humour. Les danseuses tombent, manquent leurs pas, le danseur laisse les danseuses de côté. Le spectateur est tout de suite plongé dans la farce. De la même manière, les costumes ont été confectionnés avec soin afin de situer l’action dans le XVIIe siècle mais avec des codes du XXIe siècle (comme avec les corsets des danseurs ou les couleurs des perruques). Tout est pensé pour apporter du sens à l’histoire. Le costume tant attendu de Monsieur Jourdain apparaît d’abord dans un jeu d’ombres chinoises qui crée l’attente chez le spectateur. Ainsi, lorsqu’il le porte pour la première fois, le public s’en délecte encore plus et se retrouve un peu dans le même état que Nicole dont le fou rire est légendaire. La scène où Monsieur Jourdain devient Mamamouchi a la même grandeur visuelle et musicale. Les décors placent l’action dans une maison avec une ouverture sur l’extérieur et un lustre magnifique. Quelques éléments changent au fur et à mesure des actes, posés par les comédiens, comme des petits buissons par exemple ou une table de banquet immense. Le faste est respecté sans en faire des tonnes, toujours dans le respect du texte.
Un texte qui n’a véritablement pas pris une ride. « Le Bourgeois gentilhomme » regorge de passages tous plus célèbres les uns que les autres : la leçon de philosophie, la réplique « Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour », la célébration du grand Mamamouchi… Chacun de ces grands moments est parfaitement représenté. Les comédiens s’amusent avec le texte. Ils apportent leur personnalité en étant au plus de ce qu’est le théâtre de Molière : une représentation des caractères et des défauts humains dans toute leur bêtise. Pour ce faire, ils jouent notamment sur le comique de gestes, comme le faisait paraît-il le dramaturge en son temps, notamment lors de l’irrésistible scène des voyelles où le maître de philosophie (l’excellent Jean-Louis Barcelona) perd sa perruque et la porte de travers. Tout est fait pour rendre ridicule Monsieur Jourdain et c’est une réussite. Jean-Paul Rouve n’est pas dans l’exagération. Au contraire, il lui apporte un naturel et une naïveté tout à fait pertinents. Autour de lui, Marie Parouty excelle en Madame Jourdain qui subit les frasques de son bourgeois de mari et tente de redonner de l’ordre dans tout cela. Audrey Langle est remarquable en Nicole, servante irrévérencieuse.
Et si tout ceci fonctionne, c’est que l’envie de ressembler aux autres, de vouloir être différent est toujours tenace dans notre temps où les amis se comptent en milliers sur les réseaux sociaux et où il faut montrer le meilleur de soi pour recevoir un like. Monsieur Jourdain veut sortir de sa condition de bourgeois pour enfin apprendre des choses et briller dans un monde auquel il n’appartient pas. Evidemment, cela est porté à l’excès par le jeu mais on n’est finalement pas si loin de notre société. Et c’est pour cela que, dans le public, toutes les générations se mêlent et rient ensemble, ce qui est plutôt rare de nos jours.
« Le Bourgeois gentilhomme » est une belle adaptation du classique de Molière, portée par une troupe drôle et talentueuse. Un spectacle qui réunira petits et grands dans l’amour de la comédie. A voir en famille.
Audrey C.
Une comédie de Molière
Mise en scène Jérémie Lippmann
assisté de Sarah Gellé et Sarah Recht
Avec Jean-Louis Barcelona, Gauthier Battoue, Julien Boclé, Taylor Chateau, Michaël Cohen, Hugues Delamarlière, Eleonora Galasso, Audrey Langle, Joséphine Meunier, Florent Operto, Marie Parisot, Marie Parouty, Héloïse Vellard, Jean-Paul Rouve
Mise en scène : Jérémie Lippmann assisté de Sarah Gellé et Sarah Recht
Scénographie et décors : Jacques Gabel
Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz
Perruques : Catherine Saint-Sever
Musique : David Parienti
Lumières : Jean-Pascal Pracht
Chorégraphe : Tamara Fernando
OU ? Au théâtre du Gymnase
QUAND ? Du 7 février au 2 mai 2026
DUREE : 1h45
TARIFS : de 18€ à 76€
https://www.theatredugymnase.com/spectacles/le-bourgeois-gentilhomme