
Les 21 et 22 mars, le 13e art a accueilli « Plus loin que nos rêves », le spectacle musical solidaire par la troupe A la vie à l’amour. Après un passage aux Folies Bergère et au Théâtre Mogador, c’est au 13e art que le public a pu applaudir toute l’équipe (60 artistes tous bénévoles) pour deux représentations exceptionnelles au profit de trois associations.
Tchécoslovaquie, février 1968. A l’usine de Pilzen, la révolte gronde. Sasha et sa sœur Ève œuvrent pour galvaniser les forces. Elias, de son côté, ne rêve que d’une chose : partir aux États-Unis, quitte à partir sans Norah, son amour de toujours, et Abi, son meilleur ami. Cette jeunesse, pleine de rêves, va payer très cher ses idéaux…
« Plus loin que nos rêves » est un jukebox musical qui reprend de nombreux titres de variété française d’Edith Piaf à Kpop Demon Hunter. Si cet exercice est parfois un peu artificiel afin de créer des liens avec l’histoire racontée, il est revisité ici grâce à une direction musicale particulièrement soignée de Benjamin Samama. En effet, chaque titre est réorchestré, remodelé pour donner davantage de sens aux paroles des chansons et pour servir les émotions des personnages. Les titres se mêlent dans des mash up très réussis faisant se répondre divers titres. On a apprécié par exemple le passage déchirant de la rupture entre Katia et Elias au début du spectacle avec notamment « Plus je pense à toi » de Patrick Fiori et « Chère amie » de Marc Lavoine ou le mash up créé par Santa entre « Désenchantée » de Mylène Farmer et « Le Paradis blanc » de Michel Berger.
Ce spectacle s’adresse aux amoureux de la chanson française puisqu’il met en lumière des tubes d’hier à aujourd’hui comme « La Grenade » de Clara Luciani, « Vivre ou survivre » de Daniel Balavoine ou encore « Destin » de Céline Dion mais aussi des titres plus confidentiels comme « Ici » d’Isabelle Boulay, « Pas sans toi » de Lara Fabian ou « En t’attendant » de Jenifer. Comme le titre du spectacle l’indique un peu, on retrouve de nombreux morceaux écrits par Jean-Jacques Goldman. On aurait peut-être aimé entendre davantage de chansons d’autres compositeurs comme Pascal Obispo par exemple. Cependant, le choix de Jean-Jacques Goldman est pertinent car il rappelle à quel point cet artiste a marqué de son talent la variété française pendant des années. Le fait que le spectacle n’intègre pas que de vieux morceaux mais balaie justement la variété dans son entièreté avec des titres très récents est très agréable. C’est un véritable atout de ce show.
Le spectacle a le mérite de créer une histoire originale prenant appui sur le Printemps de Prague, période pas toujours très connue du grand public, donc cela permet également de mettre en avant cette révolte. Les personnages principaux sont bien campés. L’arrivée de Joe, Tess et Saul est cependant un peu rapide, même si elle sert l’évolution du personnage d’Elias à son arrivée à New York. Ce spectacle n’est pas sans nous rappeler « Je vais t’aimer » (juke box musical sur les chansons de Michel Sardou que nous avions apprécié) qui racontait lui aussi l’histoire d’une bande d’amis qui traverse les époques et se retrouve des années plus tard.
Les interprètes sont bien choisis. Thomas Cazaban embarque tout le monde avec lui avec son personnage d’Elias qui passe de rêveur à businessman. Le public le voit changer au fur et à mesure de l’action. Katia Nebot, qui met en scène le spectacle, joue Katia avec beaucoup d’émotion. Coup de cœur pour Morgan Royer pour son rôle de Sasha, le révolutionnaire, qui impressionne par l’expression de sa rage et sa puissance vocale. Léa Kaminsky apporte également beaucoup de fraicheur dans son rôle de Léna. Nicolas Gourdon démontre sa force d’interprète dans le rôle de Tobias… Les chanteurs et l’ensemble se mêlent aux chorégraphies (très bien exécutées par les danseurs) dans les différents tableaux, ce qui n’est pas toujours le cas dans ce genre de spectacle. Cela apporte davantage de profondeur.
La mise en scène est intelligente. L’utilisation de panneaux avec des écrans sur les côtés et en fond de plateau permettent de situer l’action. Certaines transitions manquent cependant parfois un peu de fluidité. Les passages écrits sur les écrans pour situer l’avancée du récit gagneraient à être dits en voix off pour plus de clarté. Cependant, l’utilisation de quelques éléments de décor qui prennent diverses formes (l’escalier de l’usine, la bibliothèque de la maison, le comptoir de la discothèque) est très bien pensée. L’espace est toujours bien occupé sans qu’il soit chargé.
« Plus loin que nos rêves » est un spectacle réussi avec des interprètes talentueux et une troupe dynamique qui fait revivre la chanson française avec beaucoup de goût. Nous leur souhaitons de nombreuses nouvelles représentations.
Audrey C.
Livret : Michael Nebot
Mise en scène : Katia Nebot
Direction musicale : Benjamin Samama
Chef de choeur : Emmanuelle Rey
Avec Thomas Cazaban, Emily Bacquenois, Franck Zerbib, Morgan Royer, Juliette Cohen, Elisa Prevand-Cohen, Elsa Abitbol, Thierry Gondet, Solal Neboy, Nicolas Tortrat, Léa Kaminsky, Nicolas Gourdon, Heloise Rostan.
Swings : Eva Aboucaya, Jean-Charles Griffons, Sophie Guignier, Naomi Pariente