Depuis le 14 mars, le Théâtre de la Huchette accueille « Crime et châtiment », l’adaptation du roman de Dostoïevski par Dominique Scheer-Hazemann. Ce livre fait partie du patrimoine comme l’une des plus grandes œuvres de l’Histoire. On en découvre donc avec plaisir la vision théâtrale et musicale. 

Rodion Raskolnikov est un jeune étudiant de 23 ans qui vient d’être exclu de l’université et se retrouve sans le sous, fatigué de devoir être un fardeau pour sa mère et sa sœur. Un jour, après avoir déposé une montre chez l’usurière, Aliona Ivanovna, il est hanté dans ses rêves par une seule envie : venger, en la tuant, tous les emprunteurs auxquels la vieille prête de l’argent en échange de divers biens. Il met son crime à exécution. Commencera alors un long châtiment…

Comme toujours, adapter un grand roman est une véritable gageure, surtout quand il s’agit d’un classique russe, connu pour sa densité et son nombre important de personnages. D’autant plus lorsque seuls trois comédiens se retrouvent au plateau. Et pourtant, ça marche parfaitement. Par un habile jeu de changements de costume, de coiffure, de posture, d’ajouts d’accessoires, les artistes réussissent la prouesse de nous donner à voir tout un monde de Saint Petersbourg au XIXe siècle. A l’exception de Jérémy Petit qui incarne un Raskolnikov aussi vrai que nature (charmant, déterminé et pris par la folie), Milena Marinelli et Adrien Biry-Vicente passent d’un personnage à l’autre à un rythme effréné et avec une dextérité impressionnante. Ainsi, prennent vie Sonia (la fiancée de Raskolnikov), Dounia (sa sœur), Katherine (la belle-mère de Sonia) ou encore Piotr (le fiancé de Dounia), Razoumikhine (l’ami de Raskolnikov) et bien sûr Porphyre (le policier qui enquête sur le meurtre) ainsi que d’autres personnages plus secondaires comme la serveuse du bar, le peintre, le père de Sonia… Les comédiens apportent une telle énergie et une telle fougue à chacun des personnages que, cela mêlé à la force de l’écriture de la pièce, on s’attache assez facilement à certains d’entre eux. On ne peut que saluer la performance de chaque comédien, surtout dans un espace aussi resserré que celui de la Huchette où l’on voit tout de très près. Le public rit beaucoup, s’étonne, se prend au jeu de cette enquête à la Colombo dont on connaît l’auteur mais dont l’intérêt est surtout de voir les conséquences d’un tel acte et les remords qu’il peut créer.

Car, en effet, outre une peinture de la Russie du XIXe siècle (qui n’est pas sans rappeler le Paris des « Misérables » de Victor Hugo), « Crime et châtiment » est surtout un roman psychologique. Il n’est pas chose aisée de peindre un tel désordre intérieur au théâtre. Et pourtant, l’utilisation notamment des rêves de Raskolnikov permet une première entrée dans les pensées confuses du personnage. De la même manière, le recours au théâtre musical est tout particulièrement pertinent. Les chansons rendent possibles les réflexions internes à chaque caractère. Le spectateur entre ainsi dans l’esprit des différents personnages afin de mieux comprendre leurs actes. On découvre ainsi la rage de Raskolnikov qui pense solutionner ses problèmes en commettant l’irréparable puis on le voit torturé par cette action encore bien plus que par une sanction pénale. On s’attache à Sonia qui décide de marchander son corps par dépit pour le bien de sa famille. On s’émeut de l’amour fraternel de Dounia et Razoumikhine pour Raskolnikov, qui seraient prêts à tout l’aider, quoi qu’il fasse… Les chansons font avancer l’intrigue. Les voix (sans micro !) s’harmonisent parfaitement et le public se laisse porter. 

La mise en scène et la scénographie sont très efficaces. L’espace du plateau est divisé en plusieurs parties : la chambre de Raskolnikov à gauche, des chaises à droite (qui figurent aussi bien un restaurant que le bureau du lieutenant) et, en fond, une structure translucide mobile avec une porte, une fenêtre, permettant de représenter la porte de la chambre de l’étudiant ou l’appartement de l’usurière, lieu du crime, et enfin, un décor représentant une rue. Cela rend la narration efficace puisque l’aspect translucide empêche de voir vraiment le crime et rend notamment les scènes de rêves possibles avec l’utilisation judicieuse de la lumière. Les costumes ancrent l’histoire dans le XIXe siècle. De nombreux passages profitent également intelligemment de l’espace même du Théâtre de la Huchette. Tout est fait pour maintenir le spectateur en haleine et cela fonctionne.

« Crime et châtiment » est une très bonne adaptation de l’œuvre de Dostoïevski, servie par trois comédiens impressionnants, avec une mise en scène réussie. Un spectacle à voir qui donne envie de se (re)plonger dans le roman…

Audrey C.

* De : Fiodor Dostoïevski

* Adaptation, livret, mise en scène : Dominique Scheer-Hazemann

* Assistante mise en scène : Elisa Sergent

* Musiques : François Peyrony

* Avec : Milena Marinelli, Jérémy Petit, Adrien Biry-Vicente

* Chorégraphie : Mariejo Buffon

* Scénographie : Bastien Forestier

* Costumes : Julia Allègre

* Lumières : Guillaume Rouchet

* Régie : Yves Thuillier

OU ? Au Théâtre de la Huchette

QUAND ? Du 14 mars au 6 juin 2026

DUREE : 1h35

TARIFS : 30,99€

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