Depuis le 15 janvier, le théâtre des Mathurins accueille « Le Cid pète un cable », une adaptation du célèbre « Cid » de Corneille par Caroline Vigneaux. L’idée de cette pièce est de donner envie aux adolescents de voir des classiques en leur redonnant un nouveau souffle afin qu’ils puissent enfin les comprendre… 

Chimène aime Rodrigue. Le mariage est presque conclus. Quand, soudain, le père de Chimène fait une offense au père de Rodrigue.  Le jeune homme se retrouve donc dans un dilemme : laver l’honneur de son père ou rester fidèle à celle qu’il aime. 

« Le Cid pète un cable » mêle donc aux illustres vers de Corneille des alexandrins taillés sur mesure par Caroline Vigneaux. Car, si l’humoriste souhaite rendre les classiques accessibles, elle ne cherche pas à dénaturer l’écriture du dramaturge et s’amuse à réécrire certains passages dans un français plus moderne, mais en respectant toujours la forme initiale. L’histoire est la même, les enjeux aussi, mais cela rend certains moments plus cocasses que dramatiques et le public rit beaucoup de ce décalage. En effet, entendre des mots comme « kiffer », « gars sûr », « pls » dans une pièce classique peut dérouter et faire perdre l’essence du propos initial plus dramatique mais c’est là tout l’enjeu de cette version et les spectateurs présents se laissent prendre au jeu, ravis de voir ce récit à l’épreuve du parler jeune. On aurait aimé discuter avec des adolescents présents dans la salle pour voir si cela leur avait permis de s’accrocher à l’histoire. Ce qui est sûr c’est que les applaudissements étaient fournis et les rires nombreux. 

Le jeu des comédiens est lui aussi moins grave. Ainsi, Rodrigue et Chimène deviennent de typiques adolescents de 2026, partagés entre nonchalance et grands sentiments. Chimène se veut dans l’exaltation de son âge, pleine d’amour pour Rodrigue et de rage pour son père mort. Rodrigue est courageux et parfois indolent. On rit de l’implication pleine d’amour de Sancho, de l’amour caché de la princesse et de la mégalomanie du roi. Chaque personnage est vu sous un prisme un peu différent pour les rendre plus drôles aux yeux du public. Les comédiens jouent plusieurs rôles en fonction de leur présence sur scène. Des accessoires de costume permettent l’identification du rôle joué, ce qui est ingénieux car faire jouer le même rôle à différents comédiens pourrait perturber davantage sans cette proposition. 

On peut noter quelques bonnes idées pédagogiques : la présentation de la pièce et de ses enjeux à l’époque de sa création, l’explication de certains mots de vocabulaire ou de techniques comme les stances, la présence des vers les plus célèbres dits comme ils ont été écrits puis revisités. Cela permet une meilleure compréhension de la pièce et apporte une vraie valeur ajoutée. 

Autre réussite : la mise en musique des passages les plus emblématiques de la pièce par MC Solaar. La forme de l’alexandrin fait que cela fonctionne parfaitement et on se surprend à reprendre en chœur « Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie ! ». Si on comprend qu’un enregistrement de ces chansons donne un aspect plus moderne à la production, on aurait aimé voir les comédiens rapper en direct pour un aspect moins artificiel. 

La mise en scène joue sur la polyvalence des comédiens et un grand rideau rouge placé en fond de plateau. On se sent plongé dans les codes du théâtre avec un clin d’œil à l’art de la marionnette et un peu aussi au cartoon avec l’utilisation de personnages sur les côtés donnant des explications aux spectateurs. 

« Le Cid pète un cable » est une adaptation moderne de la pièce de Corneille qui ravira un public souhaitant découvrir une pièce classique dans un cadre différent. 

D’après Le Cid de Pierre Corneille

Adaptation et mise en scène Caroline Vigneaux

Avec Marie BucherMarion de SchrooderAlbin Duvert et Florian Schwob

Création Lumière Gaël Cimma

Production One Woman Prod

OU ? Au théâtre des mathurins 

QUAND ? Du 15 janvier au 18 avril 2026 

DUREE : 1h30

TARIFS : de 20€ à 41€ 

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