
Depuis le 12 février, le Théâtre libre accueille « Potiche », la pièce de Pierre Barillet et Jean-Pierre Gredy qui fut adaptée en film par François Ozon en 2010. Après Jacqueline Maillan qui créa le rôle de Suzanne en 1980 et Catherine Deneuve dans le film, c’est au tour de Clémentine Célarié de donner vie au personnage.
1977. Robert Pujol, misogyne, frivole et autoritaire, dirige l’usine de parapluies Pujo-Michonneau, héritée du père de sa femme Suzanne. Pendant ce temps, celle-ci tolère tout (ses remarques, ses infidélités, ses absences) pour le bien-être de sa famille. Jusqu’au jour où, suite à une grève, Robert se trouve dans l’incapacité de travailler et où Suzanne prend la place de directrice…
La pièce fonctionne parfaitement grâce à un casting 4 étoiles qui donne aux personnages tout l’humour nécessaire à un tel thème. Clémentine Célarié brille en Suzanne par son apparente docilité initiale qui cache en réalité de nombreux secrets. D’épouse soumise qui écrit des poèmes, elle se libère en prenant la tête de son entreprise, montrant ainsi qu’elle n’était pas aveugle face aux infidélités de son mari et qu’elle était bien plus lucide qu’il n’y paraît. Son évolution est marquée par ses tenues : la première la fond directement dans le décor, elle met ensuite en avant ses vêtements de bourgeoise pour finir par porter le pantalon à la fin de la pièce. De même, sa coiffure change au fur et à mesure du récit et elle se modernise petit à petit. Autre révélation de la distribution : Paloma qui donne à Nadège tout son glam, sa grâce féminine et son humour. Ses apparitions sont saluées par le public tant elle dégage de sympathie sur scène. Son personnage montre également sa détermination à ne pas se laisser dominer par les hommes et elle prend également doucement sa place dans l’entreprise. Philippe Uchan est parfait en homme de son époque, réactionnaire, infidèle, macho… Il voit son pouvoir lui échapper au fil de l’histoire et il s’aperçoit que sa vie d’apparence si parfaite ne l’était pas. Il est hilarant quand Suzanne lui explique la vérité. Jérôme Pouly en Maurice Babin, député maire, ressort par sa volonté d’écouter le peuple, de ne rien laisser passer à Robert et par sa passion pour Suzanne. Benjamin Siksou est excellent en Laurent, le fils intellectuel dont le dialogue a été rompu avec son père et qui s’amuse des péripéties vécues par sa famille. Enfin Alexie Ribes nous faire rire par son personnage de Joëlle, très proche des idées de son père, accrochée à sa situation et à son mari absent. Ensemble, ils emportent le spectateur qui se manifeste régulièrement par des rires et des applaudissements.
Par le récit et la mise en scène de Charles Templon, on se retrouve plongé dans la France des années 70. Ainsi, on adore les décors et les tenues très colorés ainsi que les accessoires comme le téléphone. L’action se passe dans un lieu unique mais cela centralise l’action et apporte aussi de l’intérêt à ce qui se passe hors champ. En effet, c’est particulièrement intéressant d’imaginer la scène de grève ou l’enfermement de Robert. Les comédiens sont parfaitement dirigés et nous convainquent dans leurs rôles.
Le thème permet un retour dans un temps où les femmes travaillaient moins que leurs maris et s’occupaient davantage de leur intérieur. Ainsi, en donnant la parole à celles qui déjà prenaient part à l’indépendance de la femme, la pièce devient féministe et très moderne. Les personnages masculins plus âgés se montrent englués dans un système passéiste, ce qui n’est pas le cas de Laurent, qui fait preuve d’une plus grande ouverture d’esprit. La présence sur scène d’un acteur queer avec Paloma est un réel atout pour sortir un peu d’un certain carcan, surtout en imaginant cette scène en 1977. La fin aurait, par ailleurs, été changée pour être plus féministe sous les conseils de Paloma. On ne peut que s’en réjouir.
« Potiche » est une pièce drôle et engagée portée par une troupe hilarante avec une mise en scène très bien pensée. On est ravi de voir ce genre de spectacle en 2026. A voir en famille.
Audrey C.
De : Pierre Barillet et Jean-Pierre Gredy
Mise en scène : Charles Templon assisté de Félix Beaupérin
Avec Clémentine Célarié, Philippe Uchan, Hugo Bardin sous les traits de Paloma, Jérôme Pouly, Benjamin Siksou et Alexie Ribes.
Lumières : Denis Koransky assisté Mathilde Monier
Décors : Nicolas Delas
Costumes : Emmanuelle Youchnovski assistée de David Rossini
Création sonore : Côme Ranjard, Benjamin Siksou, Camille Vitté
Perruques : Dorian Jollet
OU ? Au Théâtre libre
QUAND ? Du 12 février au 30 avril 2026
DUREE : 1h50
TARIFS : de 34€ à 76€