
Depuis le 5 février, les Folies Bergère accueillent « Monte Cristo, le spectacle musical », l’adaptation du roman d’Alexandre Dumas mise en scène par Alexandre Faitrouni (qui triomphe actuellement dans « Les Producteurs » au Théâtre de Paris.) Une version mise en musique par Benoît Poher et Franklin Ferrand du groupe Kyo qui cherchaient depuis des années les interprètes à la hauteur du mythe. C’est chose faite ici.
1815 : Le navire le Pharaon débarque à Marseille avec, à son bord, le jeune Edmond Dantès, un marin promis à une brillante carrière. Malheureusement, une lettre destinée à Napoléon, alors en exil sur l’île d’Elbe, lui a été donnée par le capitaine Leclère sur son lit de mort afin de la transmettre, une fois arrivé sur la terre ferme, à un bonapartiste nommé Noirtier. Il n’en faut pas plus pour que ses ennemis (Fernand, Danglars et Villefort) ourdissent un plan afin de l’enfermer à perpétuité. Edmond est arrêté le jour de ses fiançailles avec la belle Mercedes.
Cette nouvelle vision de l’histoire d’Edmond Dantès se montre très proche du roman. Le spectateur retrouve évidemment l’amour entre Edmond et Mercedes. Mais cela met en avant également l’envie de vengeance dévorante qui porte le marin après 14 ans d’enfermement. On montre ainsi comment chacune de ses actions est liée à sa volonté de trouver réparation de l’injustice. Si tout le premier acte insiste sur l’avant « Monte Cristo », la façon dont les rancœurs ont grandi en lui, à mesure que ses bourreaux s’élevaient dans la société, le deuxième acte nous fait entrer dans les différents rouages de la vengeance, la lente chute de ceux qui ont monté le complot qui mena Edmond au cachot. Cela s’appuie sur une bonne caractérisation des personnages principaux ou secondaires, plus complexes qu’ils n’y paraissent (Mme Danglars et ses amants, Eugénie et son anticonformisme, Albert et son envie de mordre la vie à pleines dents, Fernand et ses illusions perdues…) On peint la société du XIXe siècle à travers le prisme des rumeurs, des intrigues, des mensonges. Cela attise la curiosité du spectateur qui se laisse séduire par les différents récits.
Cette adaptation a choisi un casting habitué à la comédie musicale. Ainsi, on croise des artistes ayant montré leur talent dans des spectacles comme « Les Misérables », « Cher Evan Hansen », « Starmania », « Comédiens ! », « Emilie Jolie »… Le livret ayant été écrit par Stéphane Laporte et Yann Guillon (auteurs de « Dolorès » qui triomphe au Théâtre actuel La Bruyère), cela place ce show comme une référence en tant que Musical. Notre coup de cœur va au duo Edmond / Mercedes. Stanley Kassa et Océane Demontis apportent toute leur émotion, leur charisme et la puissance de leurs voix dans leurs personnages. Stanley Kassa prend littéralement l’espace scénique par son attitude, ses regards et son charme impressionnant. Il donne vie à Edmond avec toute l’évolution nécessaire au rôle : du jeune homme fougueux du début du spectacle à l’homme trahi du deuxième acte, jusqu’aux désillusions de la fin du show. Océane Demontis nous éblouit à chacune de ses interventions chantées. La pureté de sa voix et l’implication dans son personnage nous touchent particulièrement. Elle passe de la jeune femme amoureuse à celle qui se résigne parce qu’une femme au XIXe siècle n’a pas réellement d’autre choix. On la découvre mère inquiète à la fin du spectacle, revenue de toutes ces batailles, ayant perdu tant d’illusions. Nathan Desnyder se révèle un Cavalcanti très convaincant, par ses fausses manières de comte et sa fureur intérieure presque angoissante, comme un électron libre capable d’exploser en plein vol.
Le spectacle comporte de nombreux passages parlés afin de rapporter au mieux l’histoire. Les chansons ont surtout un aspect narratif : elles sont souvent courtes et permettent au récit d’avancer. Certains titres qui apparaissent sur l’album en une seule fois sont divisés en plusieurs parties afin de mettre l’accent sur un personnage et sa situation. C’est le cas notamment de « Ma Rage » où Nathan Desnyder, Antoine Le Provost et Lila Touchard apportent une tension dramatique importante au récit, insistant sur les dangers des décisions passées des parents qui enferment leurs enfants dans des schémas négatifs. Tatiana Matre montre l’étendue impressionnante de sa voix dans son solo. Jade Gaumet apporte une touche un peu orientale dans sa gestuelle et ses danses en Haydee avec son titre « L’orpheline ». Maxime De Toledo, Cyril Romoli et Loïc Suberville révèlent leur haine dans « L’orage » ou « Le Pacte ». La chanson « La fièvre » apporte une énergie en début de deuxième acte. On retiendra évidemment les duos entre Mercedes et Edmond « Tout offrir » ou « Ton ombre » et leurs solos « Je connais ces yeux » ou « Maudit sois-je ». On apprécie le soin porté aux fins d’acte avec d’abord le titre très efficace « La Justice des larmes » (reprenant des extraits de chansons précédentes) et ensuite « Attendre et espérer » qui permettent de nouer les enjeux des différents personnages entre eux. C’est une des forces de cette écriture.
La mise en scène comporte de bonnes idées, notamment des écrans mobiles qui miment parfaitement le mouvement du bateau sur la mer ou qui permettent de faire apparaître différents lieux de façon peu statique avec profondeur de champ, par touches, qui s’effacent telle une peinture. C’est assez réussi et utilisé à bon escient. Ayant été placés sur le côté droit du balcon, nous n’avons malheureusement pas pu profiter pleinement de tous les effets visuels. On trouve également quelques éléments de décors comme un escalier amovible, une table… Les chorégraphies sont bien exécutées par l’ensemble et rythment le spectacle.
«Monte Cristo, le spectacle musical » est un bon show reprenant de façon fidèle l’œuvre d’Alexandre Dumas, servi par une troupe pleine d’énergie, avec à sa tête deux comédiens parfaits pour leur rôle. Un joli spectacle à voir en famille.
Audrey C.
Auteurs du livret : Stéphane Laporte, Yann Guillon
Auteurs compositeurs : Benoît Poher, Franklin Ferrand
Artiste(s) : Stanley Kassa, Océane Demontis, Tatiana Matre, Nathan Desnyder, Maxime De Toledo, Jade Gaumet, Cyril Romoli, Antoine Le Provost, Loïc Suberville, Lila Touchard, Jérôme Dupleix, Antonio Macipe, Hobbs, Paul Gosselin, Max Carpentier, Alexandre Dupuis-Pasqualini, Mallorie Petibon, Rachel Valery, Cassilda, Hermine Bosquillon de Frescheville, Théo Bique, Théo Cheymol, Émélie Camara
Mise en scène : Alexandre Faitrouni
Julien Mairesse : Scénographe
Assistante mise en scène : Iléana Sozonoff
Direction musicale : Yoann Launay
Coaching vocal : Jasmine Roy
Chorégraphie : Julia Spiesser
Costumes : Sylvain Rigault
Coiffure : Raphaël Perrier
Lumières : Victorien Cayzeele
Direction artistique : Jean-Christophe Labrunye
Top & régie artistique : Charlie Bazire
OU ? Aux Folies Bergère et en tournée
QUAND ? Du 5 février au 19 avril 2026
DURÉE : 2h30 (avec entracte)
TARIFS : De 25€ à 99€