Depuis le 21 janvier, le Lucernaire accueille « HAMLET, #la fin d’une enfance », une adaptation de la pièce de William Shakespeare par Christophe Luthringer et Ned Grujic. Après une création au Festival d’Avignon 2025 où il rencontra un grand succès, le show s’installe au Lucernaire qui lui fournit l’écrin parfait pour revisiter l’histoire de Prince de Danemark. 

Hamm a 19 ans. Son père est mort deux mois auparavant et sa mère tente désespérément de lui faire accepter son nouveau compagnon. Hamm s’enferme dans sa chambre, à l’abri du réel, se fabriquant un imaginaire grâce à la pièce de William Shakespeare qu’il monte avec son meilleur ami et sa chérie et grâce à ses marionnettes et sa musique. Un monde où il devient Hamlet et où sa situation se confond avec celle du héros shakespearien. 

« HAMLET, #la fin d’une enfance » est avant tout une performance exceptionnelle de Victor Duez. Toute la pièce repose sur lui. Il incarne ses personnages, chante, rappe, manie les marionnettes, joue de la guitare, adapte les lumières, crée des effets sonores. Le spectateur est réellement plongé dans un monde adolescent dont il retrouve tous les codes : jeux vidéo en réalité virtuelle, appels en visio, musique rock, coca, figurines Star Wars.. Chaque chose utilisée a un sens bien précis et apporte au récit. On se délecte par exemple de l’utilisation du coca comme poison lors du combat final à l’épée. Le comédien apporte toute sa crédibilité au personnage de Hamm tout en étant un Hamlet rêvé. La folie du héros est particulièrement bien montrée par le jeu sensible de Victor Duez. On est saisi par la créativité de cette pièce qui happe le spectateur par son originalité difficile à décrire sans trop en dire. 

La présence de marionnettes est également un atout majeur de cette mise en scène. En empruntant certaines figurines de Star Wars mêlées à des marionnettes plus classiques, on a la sensation réelle de voir un enfant qui joue dans sa chambre à l’aide des jouets dépareillés en sa possession. Et pourtant ça fonctionne, notamment avec le personnage de Dark Vador qui incarne le traître, l’oncle assassin du père d’Hamlet, le côté obscur de la force. Ses soldats, les stormtroopers, prennent la place des valets du roi. Le putching ball s’anime également pour figurer le père d’Ophelie. On ne peut aussi que s’extasier devant le gant de serviteur utilisé pour ce même personnage. Tout cela génère un imaginaire développé qui emporte le spectateur au jeu du « faire comme si ». Victor Duez excelle dans la manière de donner vie à tous ces personnages. Il leur prête sa voix, ses intonations et ses gestes pour mieux nous les donner à voir. C’est bluffant. On note également la présence de la mère, uniquement par la voix, dont les talons claquent à chaque fois qu’elle intervient. Elle est un personnage à part entière, même si elle n’est jamais au plateau. Cela participe du monde intérieur qu’Hamm se crée. 

Comme à chaque fois, le texte de Shakespeare nous prend par sa puissance et sa vérité. Il se colle sans difficulté à l’histoire d’Hamm et révèle à quel point la beauté des mots peut exprimer un nombre d’émotions incalculables. L’accent étant mis sur le personnage d’Hamlet, il entre évidemment moins en profondeur sur Ophelie et Horatio, présents cependant par écrans interposés. Mais le déchaînement de la folie d’Hamlet, sa perte de repères due à un deuil trop lourd pour ses épaules et sa révolte face à des adultes qui ne le comprennent pas est une parfaite description de l’âme adolescente. On se délecte de réentendre « Etre ou ne pas être », on adore voir Hamlet s’emparer d’un crane au cimetière pour s’exprimer sur la vanité éphémère de la vie, on se laisse séduire par la troupe de comédiens jouant la farce qui dévoile le crime effectué par l’oncle, on apprécie de voir apparaître le spectre vengeur du père. Tous ces moments sont repris et c’est un bonheur de les voir s’animer d’une manière si originale. 

« HAMLET, #la fin d’une enfance » est une adaptation pleine de créativité visuelle et sonore, portée par un comédien aussi bouleversant qu’épatant. Un moyen peut-être de faire aimer un classique aux adolescents. Renversant !

Audrey C.

De William Shakespeare
Adaptation Christophe Luthringer et Ned Grujic
Mise en scène Christophe Luthringer

Avec Victor Duez
Voix de la mère : Gwenda Guthwasser
Apparitions vidéo : Julia Beauquesne et Grégoire Roqueplo
Scénographie : Christophe Luthringer et David Teysseyre
Décors : David Teysseyre
Sons : Aldo Gilbert
Lumières :  Jean-Charles Garcia
Costumes : Christophe Luthringer
Confection des Marionnettes : Laurence Kus
Peintre : Lucie Gautier

Présenté par Les Pies Menteurs et Artistes en mouvement
Soutien Ville d’Avon

OU? Au Lucernaire 53 rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris

QUAND ? Du 21 janvier au 29 mars 2026 

DURÉE : 1h10 

TARIFS : de 10€ à 32€