Depuis le 17 janvier, le Théâtre Antoine accueille « En Thérapie », l’adaptation de la série d’Éric Toledano et Olivier Nakache, diffusée sur Arte en 2021, elle-même inspirée de la série BeTipul. Les épisodes ont passionné les téléspectateurs dans la période peu joyeuse du COVID. C’est maintenant au théâtre que le public parisien peut pousser la porte du cabinet…

Un décor en bois, un bureau de psy, un mur végétal en fond de plateau : bienvenue chez le docteur Caussade. Plusieurs patients défilent les uns à la suite des autres : Eva, la traductrice réfugiée de guerre, Thomas, le policier de la BRAV-M qui attend son procès pour avoir tué un manifestant, Gwenaëlle, la jeune bretonne qui s’interroge sur son envie de consacrer sa vie à Dieu. Trois parcours qui vont se mêler à celui du psy lui-même, perdu dans sa vie personnelle, en pleine séparation avec sa femme…

Faire revivre au théâtre l’ambiance de la série si réussie d’Arte est un pari audacieux. Il s’agit de dépeindre les personnages avec vérité, sincérité, humour, rage parfois. Si les récits sont différents de ceux de la série (avec quelques clins d’œil cependant), le spectateur se plaît à retrouver ce qui en faisait le piment sur le petit écran : le caractère bien précis des personnages et l’impatience de les découvrir petit à petit, au fil des séances. Bien évidemment, le temps limité d’une pièce ne permet pas d’entrer autant en profondeur dans les histoires de chacun et cela demande forcément de faire avancer les confidences plus rapidement, cependant les personnages ont ce même piquant que ceux de la série. On est ému par Gwenaëlle et sa peur de sortir de chez elle. On est révolté avec Thomas face à une violence toujours plus présente. On est charmé par Eva pour son naturel malgré les horreurs qu’elle a vécues enfant. Les séances s’enchainent et chacune est un pas vers le personnage, vers son récit, ses doutes, ses craintes, ses barrières et ses progrès aussi. A leurs cotés, le Docteur Caussade (la série montrait le Docteur Dayan) écoute, observe, questionne, rebondit sur les mots prononcés. D’apparence impassible avec ses patients, il se dévoile lors de moments seul dans son cabinet ou lors de ses séances auprès de son référent. Le public découvre alors ses interrogations, sa façon d’avancer et également ses failles. Cela le rend plus humain dans ses rapports aux autres. Ainsi, il va peu à peu lui aussi montrer ce qui le taraude, se perdant lui-même dans ses émotions.

Les thèmes abordés sont très actuels. Si la série prenait pour point de départ les attentats de Paris en novembre 2015, la pièce met en valeur la violence policière, les traumatismes liés à une agression sexuelle et la quête de soi. Tous ces sujets interpellent forcément en 2026. Comment ne pas se révolter devant Thomas qui n’arrive pas à montrer du remords face à l’acte définitif dont il est l’initiateur, alors que tout en lui crie son mal-être ? Comment ne pas vouloir aider Gwenaëlle à sortir de chez elle, à vivre sa vie pour elle, sans peur du regard des autres ? Comment ne pas être émue face au récit d’Eva qui cherche à balayer l’horreur de la mort de son père et du viol de sa mère ? Comment ne pas compatir à la douleur du docteur Caussade face à sa rupture avec sa femme, dont les circonstances aggravantes ne sont dévoilées que tardivement ? Les comédiens portent leurs personnages avec sensibilité et vérité. Francis Huster se montre particulièrement touchant dans ce rôle bouleversant. Mais ses camarades de jeu ne sont pas du tout en reste et emportent également le spectateur avec eux. On aurait envie d’en savoir un peu plus encore sur chacun, de façon à les découvrir davantage.

La mise en scène et la scénographie plongent le public directement dans le cabinet du psy. La forme du cadre en bois, légèrement incurvé, rappelle l’idée de la petite lucarne et donne au spectateur la sensation d’observer les scènes un peu comme un espion, un témoin qui ne devrait pas être présent, car, en effet, le cabinet d’un psy est un lieu très solitaire et fermé. L’écran en fond permet de voir passer les saisons par les feuilles qui se colorent ou se couvrent de neige. Il figure également le cabinet du consultant de Caussade avec une bibliothèque ou permet la mise en place de sessions en visioconférence, nouvelle façon de procéder depuis le COVID. Un jeu avec la lumière d’une bougie ancre également le spectateur dans l’esprit de Caussade et ses cauchemars. Quelques inscriptions sont notées parfois au plafond ou sur les murs pour permettre de diviser la pièce en parties, de retranscrire des messages écrits ou d’expliquer des acronymes tel qu’ICE (In Case of Emergency).  C’est malin et très bien fait.

« En Thérapie » est une adaptation réussie qui met en valeur l’importance de l’écoute de l’autre pour se retrouver soi. Les comédiens y apportent une vraie sincérité de jeu. A voir.

Audrey C.

Avec : Francis Huster, Yann Gaël, Tess Lauvergne et Raphaëlle Rousseau 

Mise en scène : Charles Templon

De : Hagai Lévi

Adaptation : François Pérache

OÙ ? Au théâtre Antoine, 14 boulevard de Strasbourg, 75010 Paris

QUAND ? Du 17 janvier au 15 mars

DURÉE : 1h30

TARIFS : de 28€ à 52€

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