
Depuis le 28 janvier, le Dôme de Paris accueille « La Légende de Monte Cristo », un spectacle musical mis en scène par Serge Postigo qui partira ensuite en tournée. Alors que nous avions eu la chance d’assister à un showcase très prometteur en septembre dernier ainsi qu’aux répétitions début janvier, c’est avec impatience que nous nous sommes rendus à la générale du spectacle.
1815 : Le navire le Pharaon débarque à Marseille avec, à son bord, le jeune Edmond Dantès, un marin promis à une brillante carrière. Malheureusement, une lettre destinée à Napoléon, alors en exil sur l’île d’Elbe, lui a été donnée par le capitaine Leclère sur son lit de mort afin de la transmettre, une fois arrivé sur la terre ferme, à un bonapartiste nommé Noirtier. Il n’en faut pas plus pour que ses ennemis (Fernand, Danglars et Villefort) ourdissent un plan afin de l’enfermer à perpétuité. Edmond est arrêté le jour de son mariage avec Mercedes.
On retrouve à la mise en scène Serge Postigo (découvert notamment dans « Les Producteurs » d’Alexis Michalik, que Serge avait monté au Québec ensuite). Accompagné de la scénographe Emmanuelle Roy (« Les Misérables »), il crée un écrin tout particulièrement intéressant pour ce récit. Le plateau est équipé de plusieurs écrans fixes disposés en fond de scène et sur les côtés. Ces écrans figurent les différents lieux traversés par le Comte et ses compagnons : la pleine mer, le port de Marseille, le cachot du château d’If, la maison du Comte… Si les écrans sont largement utilisés dans les spectacles musicaux de ce genre et réduisent quelque peu l’espace de jeu, l’intérêt en est relevé ici par la technique employée pour les diverses projections. En effet, celles-ci ressemblent à des tableaux qui auraient été peints par Claude Monet ou d’autres artistes du XIXe siècle. On est comme plongé dans un univers onirique dans lequel les personnages évoluent. Cela apporte un certain lyrisme à l’imagerie. Par ailleurs, ces projections incluent parfois des oiseaux en mouvement ou miment l’avancée d’un bateau sur la mer, ce qui retire l’aspect accessoire et trop figé des écrans. Rien n’est accessoire et tout est parfaitement réfléchi. La scène où Edmond se retrouve sous la mer nous a particulièrement frappés. Danseuses aux costumes voluptueux se mêlent aux images et à la voix sublime de Gjon’s Tears. C’est somptueux. De même, le tableau « Je pense à nous » a attiré notre attention par la beauté de cette traine transformée en écran permettant l’arrivée d’Edmond au Château d’If : c’est astucieux car cela permet de faire avancer l’action et c’est poétique car cela ancre Mercedes dans la fidélité de son amour. Par ailleurs, le spectateur se délecte du partage du plateau en deux espaces lors de l’incarcération d’Edmond : le fond de scène représente le cachot sous une cage de lumière qui le sépare des autres personnages qui poursuivent leur vie sans lui sur le devant de la scène. On constate alors l’importance du traitement de la lumière dans ces shows. Enfin, les lieux intérieurs sont intéressants : la maison des Danglars est traversée par les rayons du soleil alors que le château du Comte est représenté sans fenêtres, comme pour mimer l’enfermement dans la vengeance de son propriétaire. Le public est véritablement impressionné par la qualité de ces projections qui le transportent directement dans l’action. Cela est appuyé par des costumes magnifiques de Jean-Daniel Vuillermoz (« Le Bourgeois gentilhomme ») et les accessoires qui ancrent parfaitement l’histoire dans le XIXe siècle.
L’histoire de Monte Cristo est complexe. Cependant, ce spectacle insiste en premier lieu sur l’histoire d’amour entre Edmond et Mercedes. Les personnages se retrouvent comme liés à jamais par leurs serments du début du récit. C’est la voix de Mercedes qu’Edmond entend lorsqu’il s’échappe du Château d’If, c’est elle qu’il cherche une fois sorti, c’est lui qu’elle pleure en se résignant à épouser Fernand tout en lisant « Le dernier jour d’un condamné » de Victor Hugo. Ce parti pris n’empêche pas le développement d’intrigues secondaires comme celle de l’enfant né de l’adultère entre Hermine et Villefort, censé être mort à la naissance. La scène du repas dans le château avec le titre « Esprit es-tu là ? » fait partie des moments les marquants du show, tout comme l’aveu final de Cavalcanti au procès sur « L’enfant de l’ombre ». En outre, on s’attache particulièrement au personnage d’Hermine pour sa complicité avec Mercedes, sa douleur de la perte d’un enfant, sa force de caractère. Le personnage d’Eugénie est également bien développé pour sa modernité et son envie de vivre tel qu’elle l’a décidé plutôt que tel que son père veut lui imposer. Ses tableaux « Humaine » et « Vous aimer » lui apportent la sympathie du spectateur. Enfin, évidemment, on retrouve la vengeance d’Haydée qui nous touche avec le titre « Sirène et lune ». Autre personnage marquant, l’abbé Faria qui marque les esprits par sa folie, sa science et sa sagesse. Un tel récit demande forcément quelques ellipses qui sont comblées par la narration faite par une image mouvante du visage d’Alexandre Dumas, faisant également des parallèles avec sa propre histoire. Si l’idée de montrer l’auteur face à sa création est intéressante, cela coupe peut-être un peu trop la dynamique du récit et la présence d’un comédien au plateau aurait pu être plus pertinente.
Le casting est réussi. Le parti a été fait de prendre des interprètes sortis de divers télécrochets (The Voice ou Star Academy) ainsi que des artistes de spectacles musicaux. Nos coups de cœur iront à Marianne Orlowski pour sa voix et sa prestance sublimes ainsi qu’à Cédric Pelzman pour son charisme dans le rôle de Fernand et Jonathan Caron pour son excentricité dans le rôle de Danglars. Gjon’s Tears impressionne par sa voix aux très grandes capacités. Philippine Lavrey émeut par son timbre bien particulier. Carla Dona prouve ses diverses qualités de chanteuse et danseuse. Axel Osange porte en lui l’énergie et la rage nécessaires à la vengeance de son personnage. David Koenig montre plusieurs facettes de son jeu en interprétant différents rôles importants. Matthieu Brugot glace par sa froideur face à des situations douloureuses. Harmony Dl envoûte le public par sa puissance de jeu. Raphaël Girard donne sa candeur à Albert.
Les chansons se situent dans un registre pop très appréciable et moderne. Certains morceaux entrent bien dans la tête comme « Dans les rues de Paris » (réorchestré pour l’occasion), « L’Eclat de nous », « Regarde devant » ou le final « Viser les étoiles ». Cela permet des chorégraphies somptueuses de Nicolas Huchard (qui s’est occupé notamment de chorégraphier la prestation de Lady Gaga à la cérémonie d’ouverture des JO) avec une troupe excellente de danseurs qui accompagnent les interprètes avec brio. On apprécie également des morceaux de bravoure vocaux comme « Qui je suis » ou des tableaux irrésistibles comme « L’argent » ou le final masqué de l’acte 1 « Venu d’un autre monde ». On savoure enfin le duel magnifique à l’épée entre Edmond et Fernand où Fernand nous déchire dans son solo « J’invoque la foudre ».
« La Légende de Monte Cristo » est un spectacle musical de grande qualité par sa mise en scène, sa scénographie, porté par des interprètes aux voix sublimes et des danseurs impressionnants. Un spectacle à voir en famille.
Mise en Scène : Serge Postigo
Scénographie : Emmanuelle Roy
Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz
Chorégraphies : Nicolas Huchard
Livret : Romann Nakache, Loïc-André Lahitte et Bruno Amic
Direction Musicale : Romann Nakache
Avec Gjon’s Tears, Philippine Lavrey, Carla Dona, Marianne Orlowski, Jonathan Caron, Raphaël Girard, Axel Osange, Harmony Dl, Matthieu Brugot, Cédric Pelzman, David Koenig, la voix de Francis Huster
OU ? Au Dôme de Paris
QUAND ? Du 28 janvier au 5 février 2026
DURÉE : 2h15 (+ 20 minutes d’entracte)
TARIFS : de 40€ à 85€