
Depuis le 17 janvier, le Théâtre Tristan Bernard accueille « Le Chant des lions », une pièce de Julien Delpech et Alexandre Foulon, mise en scène par Charlotte Matzneff (actuellement au Théâtre du Petit Montparnasse dans « La Femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob »). Après le très réussi « Les Téméraires » et un succès au Festival d’Avignon en 2025, c’est à Paris que résonnera à présent le célèbre « Chant des Partisans » pour en narrer la création.
1933, alors que Joseph Kessel rentre de Berlin pour y observer l’ascension d’Adolf Hitler, la chanteuse Germaine Sablon se produit dans un cabaret. Quand ils se rencontrent, c’est un coup de foudre qui mettra en danger le couple de Kessel avec Katia, qui l’accompagne au quotidien avec un amour sans bornes. Très vite, la seconde guerre mondiale éclate. Joseph et Germaine se séparent. Joseph quitte Paris avec Katia et son neveu Maurice…
Si la finalité de la pièce est surtout l’écriture du « Chant des Partisans », « Le Chant des lions » raconte avant tout des histoires d’amour : la passion entre Germaine et Joseph (surnommé Jeff), le lien indéfectible entre Katia et Joseph quels que soient les obstacles, l’amour filial entre Maurice et Joseph, l’amour de la liberté des résistants capables de tout pour se battre. Le public est transporté par ces personnages en prise avec leur histoire et la grande Histoire. Ils vivent des moments dont on parle encore aujourd’hui à l’école tout en étant en proie à des drames personnels. Une fois passée l’insouciance des débuts remplie de fêtes, de voyages et de rêves, ils se retrouvent enfermés dans une situation qu’ils refuseront de subir sans agir. A l’heure où ses romans sont brûlés parce qu’il est juif, Joseph Kessel encourage son neveu à écrire des pièces de théâtre, se bat contre ses addictions et entre dans la Résistance jusqu’à se mettre en danger. On découvre alors des personnages touchants comme Darrier, le patron du bar, et la Carpe, qui deviendra la formatrice de Kessel dans la Résistance. Chaque personnage a son existence propre et son charme bien à lui. Le public s’y attache facilement par la sincérité du jeu des comédiens. On est touché et on se laisse séduire.
La musique a une importance capitale dans la pièce. Comme le dit la metteuse en scène Charlotte Matzneff, elle devient un personnage à part entière de l’histoire. Les chansons interprétées par Marina Pangos nous envoûtent par sa voix claire et vibrante. Elle reprend des standards comme « Mon homme » ou « J’attendrai », que le public prend plaisir à reprendre doucement dans la salle. Elle emporte les spectateurs quand elle reprend avec toute la troupe le célèbre « Chant des Partisans » à la scène finale. La présence de Mehdi Bourayou au plateau dans une cabine servant notamment de station de radio ou de QG est une véritable valeur ajoutée. Il accompagne au piano les comédiens (tout en jouant lui-même la comédie !) et, sous les yeux des spectateurs, crée des bruitages dignes du cinéma. On se passionne pour son travail qui faire naître un bombardement, un bruit de train à l’aide d’une loop, ou tout autre effet permettant d’apporter du sens à la narration. Parce que cela est fait à vue, cela apporte une certaine magie à l’univers de la pièce et c’est l’une des plus grandes réussites de celle-ci. On se laisse bluffer avec grand plaisir !
La mise en scène et la scénographie sont astucieuses puisqu’elles partagent le plateau en différents espaces. Ainsi, on passe, côté jardin, de la maison des Kessel au cabaret au centre pour finir sur le centre de téléphone côté cour. Tous ces lieux vont évoluer notamment avec l’utilisation des décors se tournant et retournant pour former les chaises d’un restaurant, une banquette de train, un bar… De même, les grandes portes du centre du plateau figurent une ouverture sur l’extérieur qui symbolise d’abord des espaces de liberté comme la scène du cabaret ou l’avion de Kessel, pour finir par être des lieux de danger comme le couloir du train ou les rues sous l’Occupation. Les lumières jouent avec cela permettant de figurer un clair obscur inquiétant ou la chaleur des projecteurs d’une scène. L’illusion théâtrale se nourrit également des costumes qui s’ancrent bien dans l’époque et passent des paillettes des temps heureux aux vestes et chapeaux qui camouflent.
« Le Chant des lions » est une entrée dans l’intimité de Joseph Kessel par la force de l’amour qui aboutira à la création d’un hymne devenu symbole de la Résistance « Le Chant des Partisans ». A l’heure où l’Histoire semble malheureusement se répéter, cela fait encore plus sens. A voir pour ne jamais oublier…
Audrey C.
De : Julien DELPECH et Alexandre FOULON
Mise en scène : Charlotte MATZNEFF, assistée de Manoulia JEANNE
Avec : Marina PANGOS, Éric CHANTELAUZE, Thierry PIETRA, Thibault PINSON,
Elodie COLIN, Mehdi BOURAYOU
Musique : Mehdi BOURAYOU
Scénographie : Antoine MILIAN
Lumière : Moïse HILL
Costumes : Corinne ROSSI
Chorégraphies : Mariejo BUFFON
Co-production : Théâtre Tristan Bernard et Ki M’aime Me Suive
OU ? au Théâtre Tristan Bernard
QUAND ? Du 17 janvier au 30 avril 2026
DURÉE : 1h30
TARIFS : de 33€ à 40€