
Depuis le 5 novembre, le Lucernaire accueille « Walt, la folie Disney », une pièce de Fanny Dupin et Damien Maric, mise en scène par Victoire Berger-Perrin. Un seul en scène qui entraine le spectateur dans la création de « Blanche Neige et les sept nains ».
1933, Walt Elias Disney décide de donner ses lettres de noblesse à l’animation en réalisant le premier long métrage animé de l’histoire. Bien que sollicité de toutes parts pour des cartoons de Mickey, il se heurte aux réticences de son frère Roy qui s’occupe de la partie financière, des médias qui l’attendent au tournant, de son banquier qui lui demande des comptes, de ses employés desquels il attend toujours plus de créativité. Un combat qu’il mènera jusqu’à créer un des plus grands succès du cinéma de tous les temps…
Ce seul en scène nous permet un retour en arrière en immersion dans les pensées d’un des hommes les plus célèbres et pourtant les plus méconnus de son époque. Aujourd’hui encore, il fascine par l’empire qu’il a réussi à fonder. La pièce lui donne sa parole, montrant autant sa détermination, sa passion pour son travail que la richesse de son monde imaginaire. Clément Vieu incarne tous les personnages à la fois mais se plonge plus précisément dans l’esprit et l’âme de Walt, lui donnant véritablement vie. Le spectateur découvre un homme volontaire, impliqué dans ses idées, n’écoutant que son envie de création, quitte à mettre de côté sa famille ou les contraintes pécuniaires. De 1933 à 1937, il va tout donner pour mener à bien son projet quelles qu’en soient les conséquences. Par un jeu avec le public, le spectateur se retrouve à la place de l’équipe de créateurs dont il s’est entouré pour lui souffler des idées, pour retrouver de la motivation, pour faire avancer plus vite son travail… Ainsi, on se sent investi dans le récit et on a envie de suivre Walt dans sa folie puisque nous savons déjà qu’il fera un succès. Clément Vieu apporte toute la force d’un tel personnage tout en lui attribuant également des failles. L’histoire nous fait entrer plus précisément dans l’enfance de Walt, avec un père tyrannique ne lui laissant aucune place pour la créativité.
La mise en scène est poétique. Elle s’amuse en faisant des références au film de Walt Disney avec notamment des jeux d’ombres et de lumières, mimant notamment la scène de l’égarement de Blanche-Neige dans la forêt, particulièrement bien racontée dans la pièce. Les musiques utilisées rappellent parfaitement l’univers Disney. On se sent immergé dans l’histoire. Le rideau en fond de scène permet lui aussi de s’amuser avec la lumière, de noter l’augmentation du budget au fil de l’histoire et de faire des clins d’œil aux influences de Walt Disney pour son film, notamment « Macbeth » de William Shakespeare pour le personnage de la Reine. On apprécie la scénographie de Juliette Azzopardi avec bien évidemment la présence du miroir, permettant à Walt de s’interroger lui-même sur son processus de création et sur l’absence de compréhension des autres. Le bureau modulable en lit (avec ses téléphones de l’époque) est un atout également, tout comme la neige qui tombe, les feuilles de dessins qui volent. Cela apporte un aspect féérique à cette histoire qui commence, comme le film « Blanche-Neige », par l’ouverture et la lecture d’un gros livre de contes. C’est magique, c’est touchant, c’est Disney.
Au-delà de ce récit, cette pièce donne à voir comment l’obsession, l’acharnement d’un homme dans son travail peut mener à de belles réussites, quand il a évidemment du génie au départ. Elle montre qu’il ne faut jamais se décourager et s’accrocher à ses rêves pour obtenir ce que l’on souhaite. Elle met cependant aussi en valeur les sacrifices qu’il faut parfois mener dans ce genre de combat et les moments de découragement qu’il faut endurer. Derrière chaque succès se cache évidemment un revers de la médaille, des blessures du passé qui peuvent être plus fortes que l’on pourrait le penser.
« Walt, la folie Disney » est une pièce pleine de charme, de magie et de tendresse. C’est le roman de la folie d’un homme prêt à tout pour atteindre sa vision. La face cachée d’un succès planétaire. Captivant…
Audrey C.
De Fanny Dupin et Damien Maric
Mise en scène Victoire Berger-Perrin
Avec Clément Vieu
Scénographie Juliette Azzopardi
Chorégraphie Jean Claude Gallotta
Musique Eric Capone
Lumières Denis Schlepp
Costumes Fleur Demery
Production Ki m’aime me suive
Coproduction Olea Compagnie Méditerranéenne
OU ? Au Lucernaire
QUAND ? Jusqu’au 18 janvier 2026
TARIFS : de 10€ à 32€
DURÉE : 1h10