
Depuis le 10 septembre, le Théâtre Actuel La Bruyère accueille « Un soupçon d’amitié », la nouvelle pièce de Philippe Froget, mise en scène Chloé Froget. Après un succès au Festival d’Avignon en 2025 et 2026, la troupe a trouvé un nouvel écrin pour faire passer son message.
Dans les années 1960, Daniela et Louis vivent paisiblement à Buenos Aires en expatriés. Ils ont rencontré Joachim, un représentant en machines agricoles avec qui ils sont devenus amis. Un jour, un inconnu, Simon, vient sonner à leur porte pour leur poser des questions sur Joachim…
La pièce nous fait entrer dans l’intimité d’un couple à l’intérieur même de leur maison. Dans ce huis clos, le spectateur suit Daniela et Louis dans leur vie et surtout dans leur amitié avec Joachim. Avec l’intervention de Simon, la donne va complètement changer. Alors qu’ils ont donné leur parole de ne rien dévoiler sur les suspicions dont Joachim fait l’objet, chacun réagit à sa manière, avec son vécu, sa sensibilité. Les personnalités se dévoilent. Les questionnements commencent à tarauder Daniela alors que Louis se veut plus fuyant. La pièce interroge chacun sur son sens des responsabilités. L’amitié est-elle au-delà de tout ? La vérité doit-elle être dévoilée à tout prix ? Peut-on apprécier quelqu’un qui aurait commis des horreurs ? A-t-on le droit de taire ce que l’on sait pour ne pas gâcher la confiance de l’autre ? Nos actes nous définissent-ils ? Un repentir est-il possible ? Doit-on toujours payer l’addition de nos décisions passées ? Un monstre se cache-t-il en chacun de nous ? Tant de questions qui interpellent le spectateur et qui rendent cette enquête passionnante.
Le point de vue est celui de Daniela et Louis. Le public ne sait que ce qu’ils savent. Nous sommes en réelle immersion avec les personnages, découvrant tout en même temps qu’eux. Cela crée une complicité et une empathie bien réelles. Par ailleurs, on appréciera l’habile mise en scène qui joue également avec le spectateur avec des pauses dans l’action, grâce aux lumières, pour des monologues intérieurs de Daniela ou des moments à double temporalité. Cela donne un rythme soutenu au récit et attise la curiosité de l’audience. D’autre part, la danse a une importance toute particulière, aussi bien dans les temps de tango, qui permettent une proximité voire une sensualité entre les personnages, mais aussi et surtout dans les passages où Daniela exprime sa rage et sa douleur à travers des mouvements chorégraphiés. Le spectateur ressent ce trouble et en frissonne. C’est poignant.
Le décor représente une maison à Buenos Aires. Les fenêtres font apparaître les arrivées des différents personnages, créant l’inquiétude, la gêne ou la joie. On notera également l’importance de ce qui se passe hors champ, qui est tout aussi fort dramaturgiquement parlant. Le public imagine. Les silences parlent. Le ventilateur au plafond actionné régulièrement par les personnages rappelle la chaleur pesante de la ville mais aussi l’angoisse grandissante pour le couple. Les costumes sont bien choisis et on voit Daniela changer de vêtement à vue comme pour se défaire d’un poids qui lui pèse depuis des années.
Rien de tout cela ne serait possible sans des comédiens à la hauteur de l’histoire. Ariane Brousse, Simon Larvaron, Cyril Romoli, Philipp Weissert donnent tout à leurs personnages et les rendent humains aux yeux du spectateur qui a envie d’en savoir davantage.
« Un soupçon d’amitié » est un spectacle qui interpelle, fait réfléchir, bouleverse, servi par un casting 4 étoiles. A voir, d’autant plus en ces temps troublés.
De Philippe Froget
Mise en scène Chloé Froget
Avec Ariane Brousse, Simon Larvaron, Cyril Romoli, Philipp Weissert
Chorégraphies Julia Bruel
Scénographie Caroline Lowenbach
Costumes Christine Vilers
Lumières Damien Peray
Musique Christophe Charrier
Assistante mise en scène Amandine Chatelain
Une coproduction Atelier Théâtre Actuel, Compagnie Le Jeu du Hasard, Fiva Production, MK PROD’ et Karim Habra
Labellisé par la LICRA
Avec le soutien de
L’Athénée Le Petit Théâtre de Rueil, Le SEL, Sèvres, Les Arcades et Buc
© Photos Frédérique Toulet
OU ? Au théâtre actuel La Bruyère
QUAND ? Du 10 septembre au 30 décembre 2026
DURÉE : 1h25
TARIFS : de 24€ à 45€