Depuis le 2 septembre, Le Lucernaire accueille « Le Schpountz », l’adaptation du film de Marcel Pagnol (sorti en 1938) par Arthur Cachia, mise en scène par Delphine Depardieu et Arthur Cachia. Après un passage à Avignon et des dates de tournée, la troupe s’installe à Paris pour faire revivre la si belle langue de l’auteur.  

Irénée s’ennuie à travailler à l’épicerie de son oncle qui s’occupe de lui et de son frère Casimir depuis la mort de leur père. Il en est persuadé : il a un don du Ciel : il doit faire du cinéma. Arrive alors une équipe de techniciens du septième art qui, le voyant si fier de lui, décide lui jouer un tour en lui faisant signer un contrat bidon pour un film nommé « Le Schpountz »…

A peine entré dans la salle, le spectateur est accueilli par le chant des cigales et deux panneaux / écrans aux allures de peinture qui plantent l’action dans le Sud de France, si cher à Marcel Pagnol. Le décor est planté. A cela s’ajoute l’accent chantant des comédiens qui nous séduit dès les premières minutes. Les mots de Pagnol s’envolent avec cette langue si belle et si peu entendue au théâtre aujourd’hui. Notre cœur se remémore les films de « La Gloire de mon père » et du « Château de ma mère » visionnés avec délices dans les années 90. Sans caricature ni exagération inutile, les comédiens nous entrainent dans cette région avec bonheur. Le spectateur se prend immédiatement de sympathie pour Irénée, par sa naïveté si touchante. Les techniciens parisiens qui se moquent de lui sont facilement reconnaissables par leurs beaux costumes (en opposition avec ceux, plus modestes, d’Irénée et sa famille) et par leur accent. Le passage à Paris se fait par un habile changement d’image sur l’écran comme on tourne une page. Cela apporte une rapidité à l’histoire par mensonges répétés par les techniciens. Arrivent alors portants, accessoires, costumes divers, escaliers qui donnent vie à la production de cinéma.

Les comédiens interprètent leur rôle avec une fraicheur et une énergie extraordinaires. Ils ne laissent aucun temps mort, provoquant le rire quasiment à chaque réplique. Arthur Cachia (qui assure la co-mise en scène et l’adaptation) brille en Irénée, lui apportant une innocence tellement sincère qu’elle en devient le comique. Ses mimiques, sa voix, son regard, ses gestes, tout son corps devient Irénée. Bien sûr, le cinéphile pourrait penser au regretté Fernandel mais Arthur réussit le tour de force de lui apporter sa vision personnelle. Il fait rire le public autant qu’il l’attendrit par sa naïveté et sa volonté d’aller au bout de ses ambitions. Les cinq autres comédiens (Axel Blind, Patrick Chayriguès, Simon Gabillet, Milena Marinelli et Jean-Benoît Souilh) nous régalent de la même manière par leur osmose de troupe et leur interprétation si sincère des personnages : l’oncle qui se plaint de son neveu mais qui est prêt à tout pour son bonheur, la cliente de l’épicerie qui revient à chaque fois réclamer ses produits introuvables, les deux techniciens du cinéma qui créent le faux contrat, le producteur qui se voit forcé à l’engager, Françoise qui ressent des remords de l’avoir piégé… Tout est si bien écrit et si bien amené que le spectateur ne peut que se réjouir.

Cette adaptation a réduit le récit de 2h15 à 1h35. Delphine Depardieu et Arthur Cachia ont expliqué qu’il avait fallu sacrifier des passages mais cela est fait de façon tout à fait fluide et l’audience ne voit pas le temps passer. Outre la force comique de la pièce, celle-ci met en valeur plusieurs messages. Et si, finalement, il ne fallait pas oser être un peu « schpountz » dans la vie pour pouvoir vivre ses rêves, même s’ils ne se réalisent pas comme on le pensait ? Derrière tout grand comique, ne se cache-t-il par un être sensible et plein de douceur ? Et si les surprises de la vie étaient celles qui commençaient sur des heureux hasards ? Les bonnes actions ne finissent-elles pas toujours par être récompensées ?

« Le Schpountz » nous fait ressortir le cœur léger et l’âme joyeuse. Un spectacle rythmé et drôle qui enchantera toute la famille. Une très belle comédie !

De Marcel Pagnol

Mise en scène Delphine Depardieu et Arthur Cachia

Adaptation Arthur Cachia

Avec : Axel Blind, Arthur Cachia, Patrick Chayriguès, Simon Gabillet, Milena Marinelli et Jean-Benoît Souilh

Musique : Polérik Rouvière assisté de Loïc de Oliveira 

Lumières : Didier Brun

Costumes : Marion François

Régisseur : Riccardo Bandi ou Maria Hellberg

Production : Théâtre des Criques

Remerciements Nous remercions chaleureusement celles et ceux qui nous ont soutenu dans la création de ce projet et plus particulièrement Nicolas Pagnol, Paul-Émile Fort, le Théâtre Montparnasse, Angèle Rose

OU ? Au Lucernaire

QUAND ? Du 2 septembre 2026 au 10 janvier 2027

DURÉE : 1h25

TARIFS : de 10€ à 32€

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