Depuis le 1er avril, le Lucernaire accueille « Le grand Meaulnes », une adaptation du roman d’Alain Fournier de et par Emmanuel Besnault. Ce livre, souvent étudié à l’école, est la deuxième œuvre française la plus traduite après « Le Petit Prince » d’Antoine de St Exupéry. C’est donc avec intérêt que nous nous sommes plongés dans cette aventure théâtrale.

Dans les années 1890, à Sainte-Agathe (village fictif de Sologne), le personnage principal, François Seurel, voit sa vie bouleversée par l’arrivée d’un jeune garçon de 17 ans, Augustin Meaulnes. Très vite, celui-ci devient le centre d’intérêt de toute l’école et de François en particulier, qui va se rêver aussi intrépide que son ami. Un peu avant Noël, Augustin disparaît et ne revient qu’au bout de trois jours. Il narre ensuite son aventure à François…

Adapter un roman aussi célèbre est toujours une gageure, d’autant plus quand il s’agit d’en faire un seul en scène. Emmanuel Besnault y met tout son cœur et son amour pour les mots de l’auteur en faisant de cette histoire un moment suspendu. Interprétant principalement François Seurel, il donne également vie aux autres personnages, leur apportant tantôt la fougue de l’enfance, tantôt la rage du jeune adulte. Emmanuel Besnault utilise son corps avec beaucoup de justesse, permettant ainsi l’affirmation de chacun des âges des personnages. On le voit les yeux pleins d’admiration à l’arrivée de Meaulnes, on le découvre trépignant, les poings fermés, lorsqu’il rêve d’être accompagné par lui à la gare, on l’aperçoit plus droit et séducteur lors de la rencontre avec Yvonne. Des voix off s’ajoutent à la narration, rendant le récit plus vivant. Le texte reprend des phrases entières du roman et le spectateur ne peut que se réjouir à l’écoute d’une langue aussi belle. Ainsi, les amoureux de la langue française se laisseront porter rapidement par la diction parfaite du comédien et l’émotion transmise.

La mise en scène et la scénographie méritent qu’on s’y attarde plus particulièrement. Emmanuel Besnault crée une pause dans ce monde actuel un peu fou en rendant toute la poésie du texte par des jeux d’ombres et lumières très réussis. Plusieurs projecteurs sont disposés à cour ou à jardin, créant, quand cela est nécessaire, une pénombre, une mise en avant d’un élément ou une luminosité joyeuse. Tout est parfaitement en adéquation avec l’histoire. Ainsi, pour parvenir à la confession d’Augustin sur son incroyable aventure, le plateau ne s’allume qu’avec une bougie, ce qui apporte la chaleur nécessaire à cet instant du récit. Les ombres qui se répercutent sur les murs en fond de plateau agrandissent le comédien ou lui donnent l’apparence d’un enfant, grâce à sa posture. Les accessoires eux-mêmes sont éclairés. On pense évidemment au coffre où se trouvaient les affaires d’Augustin, au meuble qui cache un cheval à bascule… Cela transporte le spectateur dans un univers onirique qui l’aide à entrer davantage dans la narration. A cela s’ajoutent les musiques, notamment les œuvres de Debussy, Ravel et Messiaen jouées au piano, instrument évoqué plusieurs fois dans le roman. Le public observe le soin et le souci du détail avec lesquels les objets ont été choisis : le cheval à bascule évidemment, le miroir ancien, les corbeilles, la malle… Chaque chose sert la narration. De la même manière, les costumes nous font voyager dans le temps et l’on se délecte de voir le veston en soie, la queue de pie portée avec beaucoup d’élégance, la robe d’Yvonne qui matérialise le personnage. Les panneaux en fond de plateau sont déplacés par le comédien pour matérialiser notamment des grilles. Les rideaux placés dessus sont retirés, au fil de l’action, comme pour marquer petit à petit les moments importants de l’évolution des personnages. Tout cela emmène le spectateur dans un monde où l’imaginaire prend forme.

Car, si « Le Grand Meaulnes » connaît toujours autant de succès, c’est que l’aventure et la quête de soi y ont une place prédominante. Qui n’a pas voulu partir ainsi à la recherche de son amour de jeunesse, sans savoir si cette quête aboutira ? Qui n’a pas souhaité ressembler à un ami plus grand, plus courageux, plus fort ? Qui n’a pas perdu du temps pour avoir trop voulu vivre dans le passé ? Le roman s’attache à des émotions adolescentes universelles. Dans une époque où les écrans prennent une place trop importante, il est bon de se poser pour partager le récit de personnages pas si éloignés de nous.

« Le grand Meaulnes » est une adaptation fidèle à l’œuvre d’Alain Fournier qui séduira les passionnés du roman et qui emportera avec elle le public par sa mise en scène poétique. Un bel exercice de style.

Audrey C.

D’après le roman d’Alain-Fournier

Adaptation, mise en scène, scénographie, lumières, création sonore et interprétation Emmanuel Besnault

Voix Pierre Aussedat, Emmanuel Barrouyer, Michaël Cohen, Claude Drap, Julien Frison, Valentin Fruitier, Mélanie Le Duc et Marion Preité

Direction d’acteur Cyril Manetta

Dramaturgie Florian Chaillot

Costumes Angèle Gaspar

Production Compagnie Éternel Été

Soutien Ville de Versailles, Festival Le Mois Molière, Théâtre du Chêne noir à Avignon, Théâtre rural d’animation culturelle à Beaumes de Venise

OU ? Au Lucernaire

QUAND ? Du 1er avril au 14 juin 2026

DUREE : 1h10

TARIFS : de 10€ à 32€

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