
Depuis le 3 mars, le Théâtre 14 accueille « Vous parler de mon fils », l’adaptation du roman de Philippe Besson de et par Mathieu Touzé. Après avoir mis en scène en 2016 « Un garçon d’Italie » (joué actuellement avant « Vous parler de mon fils » au théâtre 14), l’artiste nous dévoile un texte plus intime, comme une confession face au public.
Un père, une mère et leur fils Enzo se réveillent après une mauvaise nuit. Ils se préparent doucement pour la marche en mémoire de leur fils aîné, Hugo, qui s’est donné la mort suite à une vague de harcèlement scolaire dans son collège. Au fil de ses confidences, le père revient sur les derniers jours de Hugo, sur ce qu’il n’a pas vu, mais aussi sur les premiers moments sans lui…
Un fauteuil, une table avec des fleurs et quatre chaises autour, devant des voilages et un pied de micro. C’est minimaliste mais il n’en faut pas plus pour cette mise en voix du texte de Philippe Besson. Le spectateur est là pour ressentir plutôt que pour voir. Mathieu Touzé se présente, immobile, et, dans un monologue poignant, partage ses souvenirs, ses questionnements, ses réflexions. Par des mots justes, simples, vrais, une émotion sincère et sans exagération, il fait vivre ce père désorienté, bouleversé par l’inacceptable. Il se remémore les signes qu’il n’a pas su voir, il dévoile ce qu’il n’a appris que trop tard, il explique comment on continue à vivre après.
Ce texte met en lumière les mécanismes du harcèlement. D’un simple pull porté à la couleur un peu trop rose pour un collégien, commencent les premières moqueries qui peu à peu se répètent, s’amplifient, se développent jusqu’à devenir aussi habituelles qu’intolérables. On découvre comment, par peur des représailles, par peur de déranger ou d’inquiéter, un enfant s’enferme dans un silence si profond que rien ne peut l’arrêter, qu’aucune solution ne semble possible. Quand sa mère s’interroge sur la baisse des résultats scolaires de son fils, sur des blessures régulières qui parsèment son corps, Hugo se tait, plaisante, feint l’indifférence jusqu’à ce que ce ne soit plus supportable. Le spectateur est plongé dans le quotidien de cette famille qui lutte pour survivre et qui analyse les diverses situations qui auraient dû être des alertes. Comment accepter l’intolérable ? Comment vivre avec la culpabilité ? Comment retrouver de l’espoir ? Comment grandir avec un frère, un fils absent ? Que faire ? Que dire pour continuer à vivre ? Tant de questions qui prennent le spectateur de pleine face par la puissance de l’interprétation de Mathieu Touzé.
Il interroge directement l’humain. Car en effet, le texte insiste à la fois sur le harcèlement et son fonctionnement mais aussi sur l’homophobie ordinaire, les préjugés inscrits en chacun, sans s’en rendre vraiment compte : voir, par exemple, un signe d’homosexualité en des comportements dits féminins chez un garçon … Etre différent inquiète, d’autant plus à un âge où on apprend à se construire, à devenir soi-même. L’adolescence est un cap particulièrement difficile pour cela et, pourtant, savoir prévenir, écouter, comprendre n’est pas chose aisée. Là où l’on blâme régulièrement l’école de ne pas faire assez ou parfois d’être trop ouverte, on se pose rarement la question de la faisabilité des choses. Comment arrêter une cabale alors que c’est une société entière qui est en souffrance et qui doit évoluer ?
La mise en scène est épurée mais marque tout de même par des moments puissants. En effet, la levée des voilages se fait lorsque le harcèlement est compris par les parents. De même, la lumière se fait plus présente sur le plateau comme pour mimer la parole qui se libère, comme pour éclairer celui qui n’a pas su le faire lui-même. L’utilisation de l’écran est fait également à bon escient. Tout est pensé pour donner du sens au texte.
« Vous parler de mon fils » est une pièce poignante et engagée servie par un comédien bouleversant. A l’heure où la lutte contre le harcèlement est une priorité de l’Etat, il est nécessaire de voir de telles œuvres, surtout quand le texte est aussi bien écrit et dit. On en ressort forcément différent.
Audrey C.
Texte : Philippe Besson
Mise en scène et adaptation : Mathieu Touzé
Avec : Mathieu Touzé
OU ? Au Théâtre 14
QUAND ? Du 3 au 29 mars 2026
DURÉE : 1H15
TARIFS : de 10€ à 27€
https://www.theatre14.fr/programmation-25-26/vous-parler-de-mon-fils