
Depuis le 7 janvier, le théâtre des Gémeaux parisiens accueille « Roméo et Juliette », mise en scène par Maud Buquet Kandinsky pour la Pépinière du Nouveau Monde. Ce collectif de 100 comédiens, danseurs, metteurs en scène, réalisateurs, est un concept unique en France par son fonctionnement participatif et son engagement écologique.
L’histoire est évidemment connue de tous : deux familles ennemies dans la belle Vérone, deux amants maudits dont le destin tragique sera la seule échappatoire à une haine séculaire.
La mise en scène de Maud Buquet Kandinsky met en avant la dualité présente dans le texte de Shakespeare en se réappropriant les codes du jeu d’échecs opposant les blancs (Montaigu) aux noirs (Capulet). Si une version précédente proposait un damier au plateau, on se retrouve ici avec une scène divisée en deux par les couleurs. Ainsi les Montaigu jouent sur un sol noir et les Capulet sur un sol blanc. Cela permet ainsi de mimer constamment les affrontements entre les deux clans, jusque dans les costumes du bal notamment qui rappellent les pions du jeu d’échecs. Seuls Roméo et Juliette portent des vêtements aux couleurs opposées à leur famille, comme pour montrer qu’ils peuvent être ceux par qui la haine s’arrêtera. Leur amour pourrait être une solution à ces combats incessants. Par ailleurs, le mariage fait sortir ces deux êtres de ce combat entre blanc et noir puisqu’ils se vêtissent de couleurs juste après. Cela dessine parfaitement l’évolution des deux personnages à l’écart d’une situation qui ne les concerne finalement pas.
L’accent est également porté sur la dualité entre tragédie et comedie. On prête souvent à Shakespeare l’art du tragique puisque ses récits se terminent souvent par de nombreux morts. Cependant l’auteur se démarque par sa facilité à mêler humour et drame. En effet, nombreux sont les moments où la pièce tourne vers la comédie. Cette mise en scène les met en lumière de façon pertinente, notamment par le lien entre Mercutio, Benvolio et Roméo ou par le personnage de Juliette, très joyeuse et pétillante. Cela contraste avec l’extrême violence entre les deux familles qui se caractérise par des combats à l’épée impressionnants. Par ailleurs, les personnages expriment leurs désaccords et leur chagrin de façon extrêmement bruyante, comme s’il fallait jouer le malheur pour être entendu ou craint. En effet, la réaction des familles aux différentes morts se fait à grands cris et lourdes larmes qui peuvent dérouter mais qui s’opposent au silence final annonçant la paix enfin arrivée.
Les lumières participent à l’action avec un clair obscur, un jeu d’ombres mimant à la fois la naissance d’un amour et la haine qui rôde partout. On apprécie notamment le rideau transparent utilisé dans le bal, créant une distance entre les personnages importants en proie à leurs tourments et le reste du monde qui continue de tourner malgré tout. Par ailleurs, le bal est représenté sur scène par un véritable ballet, apportant un aspect opératique à l’action par les morceaux classiques choisis pour l’agrémenter comme « La chevauchée des Walkyries ».
Le texte frappe par sa modernité et sa beauté. La traduction utilisée est tout à fait efficace et c’est intéressant de voir des projets d’une aussi grande envergure se jouer aujourd’hui. Cependant, si les recommandations annoncent un spectacle à voir à partir de 10 ans, nous nuancerons peut-être car l’exigence du vocabulaire, la durée de la pièce (2h15) et la force du propos rendent la pièce plus accessible à un public un peu plus âgé. Les comédiens qui interprètent Roméo, Juliette et Frère Laurence se démarquent : Roméo par son côté rêveur, Juliette par sa fraicheur et son dynamisme, Frère Laurence par sa force dramatique. Ils rendent hommage au texte avec beaucoup de fluidité.
« Roméo et Juliette » est une revisite du classique de Shakespeare avec des idées intéressantes qui questionnent l’oeuvre d’une façon nouvelle.
De : William Shakespeare
Mise en scène : Maud Buquet Kandinsky
Scénographie : Camille Dugas
Création lumières : Stéphanie Daniel
Répétiteur de la scène du bal : Samuel Bioulaygues
Création des chorégraphies de combat :Sigismund Gaunt, Quentin Ballif, Giuseppe Pedone
Avec, en alternance : Olivier Lugo, Alex Ryder, Terrence Prevot Gombert, Bertille Mirallié, Clara Thibault, Pauline Pauwels, Maud Imbert, Julie Léger, Gary Grines, Martial Jacques, Laurent Bouillard, Brigitte Lo Cicero, Héléna Imsand, Christian Sénat, Guillaume Destrem, Denis Mathieu, Yann Chermat, William Franchi, Baptiste Perais, Loick Moissonnier, Quentin Ballif, Enzo Beaugheon, Xavier Memeteau, Yves Buchin, Christian Gazeau, Frédérique Gautier, Daphné de Quatrebarbes, Romane Bonnardin, Marjory F. Garric, Lula Paris, Raphaël Mathon, Jean Yves Chilot, Nicolas Mouen, Jean Matthieu Hulin, Giuseppe Pedone, Alex Vicaire, Nahel Charif, Mathias Ceccaldi, Sigismund Gaunt, Vincent Navarro, Octave Levasseur, Tancrède Hollington, Augustin Le Palec Bahu, Eliot Partaud, Clément Mariage, Bernard Tiélès, Ilda Chardon, Sibylle Feith, Alice Allouc, Ashley Delangle, Cassandre Teyssier, Agathe Delplanque, Loena Iskyende, Lola Dary, Günther Vanseveren
Avec vingt comédiens du Collectif La Pépinière du Nouveau Monde dont un académicien de la Comédie Française dans le rôle de Roméo.
Coproductions : Théâtre élisabéthain d’Hardelot, TGP Saint Cyr l’école, Théâtre Luxembourg de Meaux, Théâtre de la Passerelle de Palaiseau, Théâtre du Grenier
OU ? Au Théâtre des Gémeaux Parisiens, 15 rue du Retrait, 75020 Paris
QUAND ? Du 07.01.26 au 29.03.26
Du mercredi au samedi ► 21h
Dimanche ► 17h30
DURÉE : 2h15
TARIFS : de 26€ à 46€
https://www.theatredesgemeauxparisiens.com/romeo-et-juliette